« La ronde des prétendants » – Ghada Abdel Aal

Editions de l’Aube, 2012 & 2014 (poche) 235 pages

Traduit de l’arabe (Egypte) par Marie Charton (un entretien avec la traductrice à lire)

Ghadal Abdel Aal

Bridget Jones, Gisèle Halimi et Jane Austen, de telles références amènent presque obligatoirement à jeter un oeil, et dans la foulée on dévore l’ensemble de ces pages, c’est imparable. Au départ était un blog, dans lequel Ghada Abdel Aal narrait d’une plume allègre ses déconvenues : bientôt trentenaire en Egypte, de nos jours, et toujours célibataire ? Impensable. Anormal. Obsédant. Même pour une jeune femme accomplie, docteur en pharmacie, à l’esprit vif et à l’humour corrosif. Une femme moderne et instruite est-elle pour autant libérée du joug sociétal ? Ghada nous démontre que la réponse (qu’aucune réponse évidemment) n’est pas si simple. Un blog, donc, qui rencontre un succès tel – et dont le propos est si riche – qu’un éditeur décide de le publier, et très vite les traductions s’enchaînent : « La ronde des prétendants » a ainsi fait le tour du monde. Récits hilarants d’une quête maritale infructueuse, les saynètes sont entrecoupées d’explications sociologiques passionnantes. Le propos est simple, la traduction imagée, mais il est impossible de résister à la bonhomie dans un premier temps puis à l’humour féroce et incessant. Vraiment chouette !

« (…) Elle est venue me voir, folle de rage, et m’a demandé de lui écrire un poème pour le remettre à sa place et lui rappeler qui elle était. J’ai été vachement touchée par cette histoire et je lui ai composé un poème que je considère comme étant LA perle de toute mon expérience poétique : 

Ah vraiment ne sais-tu pas

Que je suis celle que l’on nomme Ghada

Celle qui prodigue des conseils

Qui avertit et qui veille

Tous ceux qui sont un jour quittés

Et dont le coeur est brisé

Tous ceux qui ont envie de pleurer

Et qui de sucre privent leur café

Rient dès qu’ils m’ont croisée

Et pour cela nulle paix

Je ne récolte jamais

Je suis tombée dans tes filets

Comme la dorade et la raie

Toutes les nuits tu m’as fait pleurer

Mouiller de mes larmes l’oreiller

Ton amour était un but sauvé

Par le gardien pendant le ralenti

Mais aujourd’hui je suis prête au combat

Sache et comprends Hamada

Que mon coeur jamais ne sera

Un tapis sur lequel tu marcheras

                                    Bride_1998

Oooh ! Quelle merveille ! Comment est-il possible qu’une fille aussi douée que moi pour la poésie ait été dépossédée de son don aussi facilement ? Bref, revenons à nos moutons : ma copine Ghada a donné ce poème au garçon, qui dès le lendemain a demandé son transfert à la fac de pharmacie de Beni Souef.

Ok, elle lui avait dégonflé ses pneus 3 ou 4 fois, les avait aussi crevés et elle l’appelait 420 fois par jour, au point qu’il a fini par craquer et prendre la fuite. Mais le poème y était aussi certainement pour quelque chose. Mes vers sifflaient comme des balles !« 

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