« Trois jours à Oran » – Anne Plantagenet

Stock, 2014, 175 pages

Plantagenet

En 2005, après la mort de ses grands-parents paternels, Anne Plantagenet a emmené son père à Oran, dans une sorte de pèlerinage sur les lieux de son enfance, qu’il avait quittés depuis 1961. Sa grand-mère y avait vécu jusqu’à ses 52 ans, et dans la famille l’histoire était grandement réécrite, tout autant que les opinions s’affrontaient. De telles racines ne sont pas simples à appréhender, ne serait-ce que du point de vue du vocabulaire : rien ne convient.

« Les vieux, qui parlaient fort, s’interpellaient, avec les éventails, l’anisette, ce ton râpeux et arrogant, on les a englobés dans des expressions aussi impropres qu’énervantes : les rapatriés, alors qu’ils ne venaient pas d’une patrie étrangère et ont débarqué, au contraire, sur une terre qu’ils ne connaissaient pas, ou peu, et mal; ou les pieds-noirs, terme qui ne convient pas davantage parce qu’il ne s’applique pas seulement aux Français d’Algérie et oublie leurs diverses souches et communautés, leur immense variété, le gouffre qui pouvait séparer un coiffeur juif berbère de Constantine et un fermier de Tlemcen arrivé d’Andalousie, sans parler du mépris à peine voilé qu’il y a dans ces deux mots, PIEDS-NOIRS, dont les historiens peinent à déterminer l’origine, mépris naturellement transformé en haine au moment de l’exode en 1962, ils avaient la belle vie là-bas, il ne faut pas qu’ils se plaignent maintenant.« 

C’est le récit de trois jours où le passé et les lieux engendrent des émotions dont elle ne mesurait pas vraiment la portée, le regard porté sur les gens est très doux, on capte bien les atmosphères (même s’il est un peu répété en boucle « le ciel est blanc »…) elle entremêle ses propres difficultés amoureuses dans le fil du récit (parfois de manière un peu incongrue), et nous offre au final un joli moment, tout simple.

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