« Lire est un acte de boucherie : on suce le sang, on broie les os. (…) L’énergie se tète par les yeux.« 

« La splendeur » – Régine Detambel

Actes Sud, 2014, 189 pages

Detambel

« On n’est pas dans un film américain. Inutile donc de se voiler la face. On respecte ici comme ailleurs les moeurs du temps et c’est donc le règne de la brutalité. Tout le monde est violent et criminel. (…) Bref, le père n’est pas un bon père. Le docteur Cardano est un père de famille ordinaire dans une famille ordinaire où personne n’est aiguillonné par le désir de former une nichée aimante. Il est vrai qu’élever des enfants réclame une abnégation qu’un humain n’acquiert que vers soixante-dix ans, et encore, s’il est exceptionnel, mais je ne suis pas responsable des lois de la biologie humaine et, à dire vrai, assez ignorant de celles-ci.« 

L’allure extérieure de ce roman est celle d’une biographie (de Girolamo Cardano), et si sa vie/son oeuvre sont plus ou moins effectivement déroulées (un esprit aussi brillant qu’un être humain très spécial), tout le reste est pure fantaisie dans le meilleur sens du terme : en remettant la narration au démon personnel (au sens bon génie, inspiration, Socrate etc., mais très littéral) de notre médecin, astrologue, savant, mathématicien et inventeur, Régine Detambel tire dans tous les sens et sur toutes les cibles. Le XVI° siècle offre un terreau fertile, le lecteur est bon public et le propos aussi passionnant que bien troussé : on engloutit, fascinés, atterrés parfois, souriant souvent (La « splendeur », c’est ainsi que Cardano nomme les fulgurances qui le traversent. J’aime !). Un avis flamboyant chez Claro.

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