« Quand tu ne faisais pas encore partie de mon existence, le monde n’avait pas les couleurs qu’il a revêtues depuis. Il était plus petit, moins pétillant. Le passé y pesait d’un poids démesuré. Je vivais dans un monde clos, lorsque je t’ai rencontrée.« 

Clancier

« Karina Sokolova » – Agnès Clancier

Arléa/1er mille (collection dirigée par Catherine Guillebaud), 2014, 227 pages

Agnès Clancier a écrit un livre pour sa fille. Loin d’être le énième récit d’une adoption, ces 227 pages sont une petite pépite qui racontent l’Amour avec un grand A et tout un tas de pluriels. Celui d’une mère pour sa fille, bien sûr – et sa réciprocité totale et son corollaire d’effets bienfaisants –  mais aussi celui des mots, des livres, de l’Australie (les awards prodigieux m’ont enchantée), de ces gens qu’on croise parfois et qui se révèlent rares – et qui, rien que pour nous, très égoïstement mais venant, comme tombés du ciel, combler une faille béante, se mettent à incarner la douceur, l’appui, la solidité; l’amour d’une petite fille formidable dotée d’une force vitale admirable qui ne cesse de nous faire rire et sourire; l’amour de la gaieté, du mouvement, du bruit, du mot juste; l’amour de celles qui n’ont pas peur de leurs émotions et qui ne les laissent pas les bloquer, les arrêter. Et le tout, et c’est très fort, sans occulter les angoisses (disons l’anxiété) que peuvent provoquer des situations pas faciles, une enfant différente assurément et Dieu sait que notre pays rejette les différences, un système scolaire qui les repousse, le regard des autres, parfois celui de ceux qui sont censés être là pour nous. Il y a tout ça dans ces bien trop courtes pages, et c’est bon, ça fait du bien, ça séduit, c’est empli de délicatesse, de justesse et d’élégance, c’est intelligent, subtil, drôle, touchant, c’est une pépite, disais-je.

« Un soir, à Paris, tu es venue m’accueillir à mon retour du travail, en disant : Maman, il faut que je te parle en privé.

Nous sommes seules dans l’appartement, comme d’habitude, puisque je suis célibataire et que tu es ma fille unique. Nous sommes deux, donc. Deux à vivre dans cet appartement. Tu me tires par le bras. Viens, maman, j’ai quelque chose à te dire, mais en privé. C’est privé. Viens. Tu m’entraînes.

Je te suis jusqu’à ta chambre, où tu m’expliques ce qui t’inquiète. Comme c’était privé, je n’en écrirai pas davantage.« 

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