« L’ombre de nous-mêmes » – Karine Reysset

Flammarion, 2014, 340 pages

Reysset

C’est l’histoire d’une femme, Alma, qui écrit depuis la nurserie de Fleury-Mérogis où elle est incarcérée (elle nous expliquera pourquoi vers la moitié du roman) et où est né son dernier fils, Anton. C’est l’histoire d’un amour très puissant, qui a été secoué de cahots,  et dont est issue Sarah, presque quinze ans, l’aînée des trois (½) frères et soeur (il y a aussi Nino). Alma écrit à Samuel (le père de Sarah et d’Anton) et Sarah tient un vlog, depuis l’extérieur. Extérieure, elle ne l’est assurément pas, et malgré son extrême jeunesse elle tente de rassembler tout ça, elle oeuvre beaucoup pour que personne ne baisse les bras et que sa famille redresse la tête. Alors comme ça par petites touches, au travers des lettres d’Alma (qui en réalité tient plus un journal qu’elle ne rédige une correspondance) et des vidéos de Sarah on reconstitue l’histoire. S’ajoute à ça celle d’une autre détenue, Lucinda, dont l’intérêt ne m’a pas semblé probant ni l’insertion très fluide. C’est un roman qui se lit facilement et dont on a envie de connaître le dénouement, d’autant plus qu’on croit complètement aux personnages. Le côté très perturbé d’Alma est bien rendu, sa fille recadre sans arrêts avec beaucoup de justesse (et apporte de grandes bouffées d’air pur), on s’égratigne le coeur aux coups durs (ces lettres non ouvertes m’ont fait mal), on visualise très bien les scènes avec les petits. J’ai aimé également cet emploi des différentes techniques narratives, chacune avec son ton propre, tout ça fonctionne très bien. Malgré ces évidentes qualités, il m’a manqué du corps au texte, une pointe de lyrisme peut-être ou alors carrément de la froideur distancée, je ne sais pas vraiment, j’ai trouvé ça un peu tiède.

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