« La petite communiste qui ne souriait jamais » – Lola Lafon

Actes Sud, 2014, 310 p.

lafon

J’attendais, pour lire Lola Lafon, que l’envie en soit devenue irrépressible. J’essayais, pas toujours possible, de ne rien lire ni de ne rien écouter qui parlerait trop en détail de ce roman, parce qu’il était tout de suite dans l’air, aux premiers jours de janvier, que ce serait un roman qui compterait, que les médias s’en empareraient et nous le mettraient à toutes les sauces, traitement imbattable pour nous écoeurer avant même d’en avoir lu une seule ligne, grand risque de déception, aussi, attentes de lecture démesurées. Je n’avais jamais lu Lola Lafon, je ne voue pas de passion particulière à Nadia Comaneci et j’avais neuf ans en 1976, pas de télé, ça aide aussi à passer à côté. Mais la rencontre est magique. On prend beaucoup de temps à lire ce roman, parce qu’on visionne sur le net les vidéos de tous les moments dont il est question, on regarde, on scrute nous aussi époustouflés, Nadia à quatorze ans qui obtient le premier 10 de l’histoire de la gymnastique, Fort Worth et la poutre avec le bras totalement infecté, Nadia maintenant, on se perd dans toutes ces images, on s’y plonge, et on a les mots si précis de Lola Lafon pour leur donner une profondeur et un sens plus que vertigineux. En inventant un échange permanent entre la narratrice du livre et la gymnaste, elle offre un contrepoint souvent saisissant entre ce que la réalité historique des documents, des témoignages délivre des terribles années Ceausescu (mais pas seulement elles, d’ailleurs, quel regard autre que stupéfié porter sur les propos des journalistes de tous les pays, tous relatifs au corps et à la féminité, et de quelle manière…) et la façon dont a pu – peut-être – le vivre Nadia elle-même. En creux est également décortiquée la manière – très inhabituelle – de penser d’une athlète, la concentration d’une volonté et de quelque chose de difficilement appréhendable, une sorte d’obstination capable de surpasser n’importe quoi.  Superbement mené, vivant et immensément prenant, le roman de Lola Lafon saisit son lecteur du premier au dernier mot. Impressionnant ! Clara et Cathulu ne disent pas le contraire 🙂

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