« Un homme, ça ne pleure pas » – Faïza Guène

Fayard, 2014, 315 pages

Guène

« Mon coeur est fendu ! Il est déchiré ! Je te croyais mort ! Je suis vraiment déçue. D’après toi, je ne mérite même pas un coup de fil ? Est-ce que tu sais que je dors avec ta photo ? Celle où tu portes la chemise bleue et ton appareil dentaire… Je croyais que tu comprenais la valeur d’une mère… Tu sais ce que c’est de porter un enfant dans son ventre ? De le nourrir de son sein ? De veiller quand il a de la fièvre ? De s’inquiéter pour lui le soir et le matin ? Je suis fâchée ! Très fâchée !

Huit jours sans téléphoner = fin du monde.« 

Eh bien moi, je la comprends, la maman de Mourad. Je comprends aussi les réticences de ce dernier, il les explique très bien : « Bien sûr, elle est très dévouée. Comme toujours. Elle en fait beaucoup. Comme toujours. Ca, ce n’est pas très gênant. Ce qui est terrorisant, c’est qu’elle en attend autant en retour. » Eh oui, tout ça est compliqué, les relations familiales, la grande soeur qui claque la porte soudainement (même si son adolescence avait déjà été mouvementée) et qu’on retrouve après des années de silence (à s’imaginer tout et son contraire, à s’inquiéter puissance 10) dans les journaux, à la tête d’une association féminine (iste ?) : « Fières et pas connes » et en train de se présenter à la mairie de Nice dans une liste de droite (un mélange Dati/Amara). Pendant ces années écoulées, Mourad a grandi (et est devenu prof de français à Montreuil), le Padre a eu un AVC et l’autre soeur trois enfants. Et ils sont une famille, éclatée peut-être, mais famille tout de même… Un roman qui se dévore et qui offre un point de vue sincère sur une situation qui devrait être réglée depuis longtemps : que nos racines soient en Algérie ou ailleurs, être français n’est pas y renoncer, ni les occulter. Très fluide et vraiment sympathique.

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