« Je suis écrivain, il m’a dit d’un coup. – Grand bien vous fasse. Moi, je suis occupée.« 

« Buvard » – Julia Kerninon

La Brune au Rouergue, 2014, 200 pages

Kerninon

« La veille, j’avais lancé avec emphase un Je ne mange pas de Sopalin, que Jude m’avait appris à prononcer Je ne mange pas de ce pain-là, ce que je trouvais complètement débile, vu que ce serait toujours beaucoup plus facile de manger du pain que du Sopalin. Je parlais mal, mais j’écrirai bien.« 

Par hasard (comme si ça existait), Lou (24 ans) ouvre un jour un roman de Caroline N. Spacek (39 an), écrivain ultra célèbre publiée dans le monde entier; il lit alors tous ses livres (onze) d’une traite, et ne peut faire autrement que de la contacter. Par extraordinaire, elle accepte de le recevoir, alors qu’elle vit recluse dans la campagne anglaise. Il pensait rester un jour ou deux, il passera un été entier à ses côtés. Que s’est-il passé, pour lui, pour elle, entre eux, avec nous, leurs lecteurs ? C’est assez indicible, difficilement exprimable, comment parvenir à formuler une parcelle de l’admiration totale, du choc foudroyant que j’ai ressenti en lisant ce premier roman (premier roman ?!) (!!) sans le réduire à une histoire, quand il est si riche, si plein… Huis-clos entre deux êtres qui communient à un niveau aussi ténu qu’ancré en leur tréfonds (leur enfance abominable), ce roman brasse des thèmes multiples et offre des moments éblouissants, souvent relatifs à la création littéraire; Marine Landrot, pour Télérama, a cette phrase : (…) ce livre émeut par sa façon d’enregistrer les pulsations cardiaques des êtres et de saisir les traces qu’elles ont laissées autour d’elles. Je ne peux pas dire mieux ! Ce livre renverse, aussi, parce qu’il questionne la place de la littérature dans une vie, et montre cette place sous ses deux faces : littéralement, elle sauve et elle détruit. Le tout dans une prose musclée dont le charme est immédiat, et persiste. Coup de coeur énorme ! L’avis de Clara.

« Un soir, quand un clochard dans la rue lui a demandé : Je peux la ligoter et l’emmener avec moi, votre femme ? il ne lui a pas dit non. Il ne lui a pas dit que je n’étais pas sa femme. Il a simplement murmuré : Si vous arrivez à la ligoter. A côté de lui, j’ai senti quelque chose dans sa phrase me heurter, si légèrement que je n’étais pas sûre d’avoir mal.« 

«Elle était dure, injuste, cinglée et fière, mais ses phrases ne laissaient rien paraître de ça, ses phrases étaient aussi parfaites que des rivières

Le plus petit poème du monde : « Tu étais – ce qui me manquait –« 

« Il y a plus de deux ans qu’elle n’a rien publié et ça me rend nerveux rien que d’y penser, il m’avait confié.« 

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