Réparer les vivants Maylis de Kerangal

Gallimard,Verticales, 2014, 281 pages

de Kerangal

C’est l’histoire d’une transplantation cardiaque, point par point, personne par personne. Le don, c’est aussi la possibilité du refus, fait dire l’auteur à un de ses personnages à un moment (plus ou moins en ces termes, je ne retrouve plus le passage exact), et elle nous plonge ici dans un texte vraiment précis qui dessine patiemment tous les protagonistes; pas seulement leurs gestes (même si tout est détaillé), mais leur parcours, ce qui les a amenés au moment T qui les place sous le projecteur, qui leur fait tenir un rôle dans l’espèce de ballet ultra coordonné qui amène à ce geste fou, quand on y pense, parce que quelqu’un est mort on peut réparer un vivant. Et parce qu’on rencontre Simon « avant », quand il se réinvente « surfeur planétaire » alors qu’il n’est que « lycéen d’estuaire« , on prend la pleine mesure du choc reçu par sa mère (quand elle se regarde et ne se reconnaît pas, le moment précis où la vie se décroche, cette rupture de falaise tellement bien mise en mot, terrible !…), et on comprend aussi, si bien, la fébrilité des équipes qui se mettent en place, les protocoles tellement indispensables, les sentiments très mêlés de la receveuse. Plus qu’un roman juste, c’est un livre exact, qui se tient en équilibre permanent sur un ton tout à fait personnel, qui n’est ni du compte-rendu clinique ni chargé d’affect, sans être neutre pour autant. La langue est belle, elle est nette, elle chante avec des « mêmement » en rafale, des adjectifs rares, parfois un soupçon d’excès; le rythme fluctue, il s’emballe, il s’apaise, ça agrippe (du moins, ça m’a agrippée). Parce qu’il déclenche comme malgré lui l’empathie chez le lecteur, ce roman provoque une réceptivité totale, et me semble aussi difficile à occulter qu’à oublier. Une réussite !

D’autres avis, ils sont contrastés : Juléjim, Tonio, Zagazou, Céleste, Lili, Clara (qui fait même du lobbying par mail ;)), Flopaulhac, Cathulu, Nemosido

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