Nosfera2Joe Hill

JC Lattès, 2014, 617 p.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Antoine Chainas (2013 NOS4A2), Illustrations de Gabriel Rodriguez

Hill N

« A ma mère

Un récit implacable pour la reine des histoires« 

Je l’aime bien, ce Joe Hill, je l’ai déjà dit ? Dédicacer son roman à sa maman, la citer dans les remerciements, donner son prénom à une super psy du FBI, tout ça me plaît beaucoup. Tout autant d’ailleurs que l’histoire ici proposée – comment l’esquisser sans en dire trop ? C’est une histoire sur le pouvoir de l’imagination, décliné en un terme : extrospection. Elle explore, de nos jours, la lutte entre le bien et le mal (grossier condensé, pardon) à travers deux personnages principaux antagonistes; une petite fille et son vélo (qui grandiront tous deux jusqu’à devenir une maman et sa moto) contre une sorte de vampire et sa voiture, chacun secondé (outre leur artefact permettant de trouer la réalité) par une bibliothécaire (et ses lettres de Scrabble) et un homme-enfant (et son gaz de dentiste), le tout se cristallisant dans un endroit redoutable et glaçant : Christmasland. Ca peut paraître compliqué ou au contraire niais résumé comme ça, mais c’est tout simplement haletant, consistant et délicieusement prenant. Joe Hill a cette jubilatoire capacité de nous rappeler son père par tout un tas de côtés (gimmicks, parenthèses, ambiance, Maine, annonces répétées de ce qui sera (ou ne sera pas), clins d’oeil aux romans précédents) tout en s’en affranchissant complètement : il a les deux pieds dans son époque, ses références sont ultra actuelles (et ça fait super plaisir de le lire évoquer The Doctor par exemple, les Daleks etc.), on a des Iphones, des Ipad et j’en passe, et ses personnages féminins sont des plus réussis (non pas que les masculins ne le soient pas, mais l’accent est clairement mis sur les femmes). La bibliothécaire est très touchante, son attachement aux mots est rendu tangible et brise un petit peu le coeur. La psychologue est elle aussi très intéressante (elle arrive tard dans le roman mais se révèle plus importante qu’on pouvait l’attendre), et d’une manière générale la dichotomie entre une théorie psychiatrique et l’acceptation de l’irréel est creusée d’une manière géniale. Une bonne histoire bien racontée, agrémentée d’illustrations sympathiques (jusqu’au découpage particulier des pages), miam.

« Depuis le temps qu’elle était ici, elle avait cru qu’elle se ferait plus d’amis. Le dernier type avec lequel elle était sortie lui avait déclaré, juste avant leur rupture : « Je suis peut-être ennuyeux, mais il me semble que tu n’es jamais là quand on va au restaurant. Tu vis dans ton monde. J’en suis exclu. J’ai parfois l’impression que tu t’intéresserais plus à moi si j’étais un livre. »

Elle l’avait haï et s’était sentie aussi légèrement coupable. Plus tard, elle s’était rendu compte que si ce mec avait été un livre, il aurait appartenu à la catégorie des rapports financiers d’un cabinet d’affaires. Elle aurait dû l’ignorer et chercher plutôt son bonheur au rayon Science-fiction et Littérature de l’imaginaire.« 

D’autres avis : Lune, Virginie, Flynn, Madoka, …

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