Usage communal du corps fémininJulie Douard

P.O.L. 2014, 240 pages

Douard

« Règlement officiel à suivre impérativement sous peine d’élimination prématurée : La commune organise un concours prestigieux de misses. Ce concours est ouvert aux femmes ni trop jeunes ni trop vieilles, qui ont un mari, des enfants, un slip, un talent, savoir-faire ou spécialité, enfin quelque chose pouvant être montré publiquement sans choquer ou blesser l’assistance. La gagnante repartira sous les confettis avec beaucoup de bons d’achat à dépenser dans la commune.« 

C’est Marie Marron qui établit ce règlement, tandis qu’elle tente d’attraper au vol les propos du maire en train de refuser la candidature de Josette, et ce n’est pas évident, d’abord parce que Marie Marron est gourde (mais elle a de sacrées circonstances atténuantes) et que la discussion n’a pas lieu dans la même pièce, ni même au même étage, ni enfin de façon ininterrompue. Heureusement, Marie Marron tape vite. Mais attention, si les points du règlement peuvent, de prime abord – mais on sait bien ce qu’il en est des premières impressions – sembler farfelus, en lisant « Usage communal du corps féminin » nous comprenons qu’il n’en est rien. Et pour l’appréhender correctement, il nous faut d’abord faire proprement connaissance avec Marie Marron, puis avec Gustave Machin (celui qui se croit incompris quand il n’est qu’incompréhensible), et partant de là avec l’ensemble des figures tutélaires de la commune (dont, évidemment, les patronnes des deux bars rivaux). Alors seulement sommes-nous en mesure de goûter la saveur croquignolette de quelques péripéties, dont le fameux concours de misses… Un roman agréable qui a la particularité de dérouler très sérieusement une intrigue hautement fantaisiste, avec une narration bienveillante mais pas complice, quelque chose de très pince-sans-rire qui m’a évoqué Alphonse Allais (et c’est un compliment). Une envie suscitée par Aifelle.

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