« Puis, sans s’inquiéter davantage, il laissa ses pensées s’éparpiller, s’influencer, se chevaucher comme les tuiles d’un toit et, ainsi, d’images furtives en confusions des sens, glissa dans le sommeil aux côtés de sa bien-aimée.« 

Olivier BordaçarreDernier désir

Editions Fayard, 2014, 275 pages

Bordaçarre

C’est l’histoire d’une petite famille, heureuse, tranquille, sans histoire(s), donc. La trentaine épanouie, ils se sont installés depuis quelques années déjà dans un joli endroit isolé, dans le centre de la France. Ils sont actifs, ils sont paisibles, ils ont changé de vie en toute connaissance de cause, leur fils de dix ans est parfait, c’est tellement la quiétude que le soir, monsieur aime à regarder madame lire, fasciné (et réellement intéressé) par le mouvement de ses pupilles (j’adore l’image). Entre alors en scène un voisin. Il est nouveau, c’est un grand changement car ils étaient seuls à des kilomètres à la ronde, et il est leur homonyme. Même nom de famille. Pour le reste, il ne leur ressemble en rien, du moins, au début… Car insensiblement, ce voisin se met à sérieusement nous inquiéter (et le lecteur en premier lieu)… Un roman qui m’a fait penser à Helen Zahavi, dans son côté vénéneux. Un roman que j’ai aimé dans ses ruptures de ton, mélange de très jolies phrases et de moments vraiment inattendus (la coiffeuse !), moins dans son épilogue (même s’il demeure cohérent). Mais surtout un roman qui, une fois évacuées les premières constatations évidentes (vampirisme etc.) (enfin je dis ça, mais c’est assez jubilatoire d’amasser les allusions, prénom, sueur, ne boit pas etc.), interroge en profondeur sur nos aspirations profondes, et qui se révèle glaçant en bien des endroits. Tout s’achète-t-il vraiment ? C’est quoi, la solidité d’un couple ? Combien de temps faut-il pour qu’un léger froid transforme une famille en étrangers ? Autant de questions (avec leurs petites copines moins dicibles) qui continuent leur petit manège la dernière page une fois tournée. Noir et ingénieux.

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