Goby

Il y a parfois des moments dans la vie qui la font tenir à rien, « à ça », comme on dit, un « ça » aussi fin qu’un millième de cheveu et tout bascule ou peut basculer. Pour Mila c’est un chien, à Ravensbrück, en 1944. Il aurait dû mordre, il le faisait toujours, lancé hargneux sur le moindre mouvement de ces femmes squelettiques, et le chien n’a pas mordu. Ce sont les dés de Mila, sa pièce pile ou face, sa raison de vivre désormais. Le chien n’a pas mordu, ce sera son mantra, ce qui lui permettra de… de quoi, d’ailleurs ? Peut-on dire vivre, survivre, peut-on parler d’espoir, de tenir ou je ne sais quel autre mot aussi fade et incomplet ? Mila reviendra de Ravensbrück, voilà, juste ça, et ça ne dit rien pourtant de ce qu’elle y aura vécu. « Kinderzimmer » de Valentine Goby (Actes Sud, 2013, 218 pages) fait partie de ces romans dont on a l’impression d’avoir entendu parler partout (et ça décourage) et traite d’un sujet difficile qui ne donne pas spontanément envie de s’y plonger; et pourtant, quelle claque ! Quelle réussite totale et absolue ! « Il se dégage de ce roman une force exceptionnelle et un pouvoir quasi envoûtant (je n’ai pas pu le lâcher une fois commencé) » (Cathulu), « Un roman exigeant, intense et remuant qui balance continuellement entre la lourdeur de son sujet et son écriture aérienne. » (Théoma), « J’ai lu ce livre rapidement car c’était une lecture éprouvante, mais à celles qui ont tant enduré on doit au moins cela. » (Brize), qu’ajouter, en fait ? Je n’ai rien à dire de plus que tous ces beaux billets que je relis avec émotion maintenant. Pour Teresa, Georgette, Sabine et toutes leurs semblables. (Je suis bouleversée.)

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