All Clear (Blitz tome 2)Connie Willis

Bragelonne collection SF (dirigée par Tom Clegg), 2013, 701 pages

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Joëlle Wintrebert et Isabelle Crouzet (All Clear 2010)

all clear

« La sensation saisit soudain Polly qu’elle connaissait la réponse, qu’elle la tenait là, juste hors d’atteinte, comme un mot sur le bout de la langue.« 

Ceci est un tome 2, et si j’ai bien lu le premier tome (Black-out, Blitz tome 1), ma lecture date (septembre 2012) et mes notes sont succinctes :

En 2060, Oxford envoie régulièrement des « historiens » visiter le passé, pour recueillir au plus près les sentiments réels des gens. Après un début un tout petit peu long et confus, on plonge tout debout dans le Londres de 1940 et à travers le quotidien de trois « historiens » en pleine déroute on se prend de plein fouet le Blitz : c’est totalement addictif. A l’instar de nos personnages, on s’interroge en permanence. Pourquoi Oxford du futur n’envoie-t-il personne pour les secourir ? Le cours de l’histoire a-t-il été modifié ? Et si l’Allemagne GAGNAIT la guerre ? On a froid et faim et peur, on touche du doigt la magie d’une déclamation de Shakespeare en plein abri anti-aérien, c’est absolument génial et on hurle de frustration quand le tome 1 s’arrête, tandis que Colin déboule du futur. C’est pour quand la suite ???

La suite aura donc attendu un an et huit mois pour être lue et clairement, ça ne va pas. Il faut impérativement lire les deux tomes dans la foulée l’un de l’autre, ou au moins aurais-je dû relire Black-out avant de me lancer dans All Clear mais bon, encore aurait-il fallu être en mesure de mettre la main dessus (mon système de rangement est de pire en pire). J’étais donc là, en plein brouillard, je ne me souvenais absolument plus des personnages ni de leurs problématiques, je courais à leurs côtés d’une station de métro pendant les alertes à leurs différentes fenêtres de sauts qui ne s’ouvraient jamais, et je tentais d’intégrer les données que j’aurais dû maîtriser clairement, si j’étais une lectrice consciencieuse (qui a une date limite et pourquoi et tout ça) quand j’ai pris conscience que tout ça importait peu (dans ma façon de lire tout au moins) : j’étais ferrée de toute façon, je prenais un pied incroyable à passer de 1940 à 1945 puis 1995 avec un petit paragraphe rapide en 2060 et un retour en 1941, non seulement pour tenter, avec les historiens en balade chaotique, de comprendre quelque chose au continuum temporel, mais surtout (surtout !) pour m’immerger tout entière dans l’effort de guerre, dans la courageuse et belle Angleterre (et ses alliés) qui,  par un faisceau minutieux et persévérant d’éléments imbriqués les uns dans les autres et une vaillance morale impressionnante ont tenu bon, jour après jour, et ont permis la fin de cette guerre. Il y a chez Connie Willis quelque chose d’immensément addictif (et pourtant la trad est très moyenne et souvent plate), et elle parvient à déclencher ce petit truc que j’appelle l’idée de grandeur, ça ressemble à une petite porte qui se débloquerait quelque part dans notre poitrine et qui palpiterait, dans l’attente de ce qu’on pressent et que l’on suppute ENORME, et elle ralentit l’action tout en accélérant le rythme et elle nous tient comme ça, elle nous a au bout de sa plume et on rage un petit peu, il faut le reconnaître, dis oh dis, Connie, que de tours et de détours, allez, allez, qui, quand, où, comment, ça y est ? Ca traîne un mini petit peu en longueur, mais on n’est pas déçu, au final, parce qu’elle parvient *presque* à nous faire comprendre tous ces mouvements des voyages dans le temps (ça reste compliqué pour moi, trop de couches et sous-couches) et qu’elle lâche une bombe finale qui m’a énervée très beaucoup (j’ai écumé les forums anglo-saxons, tout le monde comprend plus ou moins la même chose mais personne ne l’explique vraiment). Mais que c’était bien tout ça, j’ai failli y rester en 1995 quand le prénom de Mme Lambert est révélé (page 562), que de rebondissements, que de Shakespeare, que de théâtre, que d’amour et combien sont attachants Alf et Binnie, entre autres…

Hamlet, Shakespeare.

J’aime bien l’avis de BlackWolf, même s’il est plus mitigé (et attention, spoilers !!!),

J’avais beaucoup aimé, du même auteur :

Le grand livre 

Nous sommes en 2054 et l’homme voyage dans le temps. A Oxford se prépare une expédition au XIV° siècle, contre l’avis du professeur Dunworthy. On connaît trop peu de choses sur cette époque pour y passer incognito, et surtout celui qui supervise ce voyage est un incompétent. Mais Kivrin est fermement décidée à y aller…
Tandis qu’elle se débat dans des difficultés inouïes une fois parvenue à destination, le présent doit faire face à une épidémie…
« Le grand livre » est un grand livre : impossible de le lâcher une fois commencé, son intrigue est de celles qui embarquent à mille lieux de toute autre considération. On tremble avec Kivrin, on s’exalte devant le courage et le dévouement, on se heurte à l’absurdité du monde administratif, on aime ces personnages solides et fiers, parfois involontairement drôles, souvent dramatiques et soutenus par mille petits détails qui semblent d’une véracité totale.
S’y répondent la vie quotidienne au XIV° siècle (et dans une période complètement horrible) et une espèce de futur mal dégrossi, mélange d’immobilisme et de quelques améliorations. Le rythme plutôt lent de l’action accentue l’impression d’immersion. Cela tient à la fois du roman historique (sans rien de mièvre) et du constat social, c’est brillant.
De la science-fiction pleine et entière, que je recommande sans réserves.

Ed. J’ai lu, 1994 703 p.
Traduit de l’américain par Jean-Pierre Pugi
Titre original : Doomsday Book

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