Chambre 2Julie Bonnie

Belfond, 2013, 186 p.

Bonnie

« J’ai l’impression d’être la seule à souffrir autant de ce manque de temps, la seule à me retrouver dans un état d’agitation maladive quand je vis des émotions aussi fortes. Contenir mes émotions, les laisser dans leur petit sac, là, juste à côté du foie, ne pas les laisser m’envahir, cela me semble au-dessus de mes forces. Si j’avais pu crier avec elle. Hurler comme ça, ou danser ou jouer de la trompette, transformer ses frissons glaçants en une danse de Saint-Guy ! Mais je ne veux pas passer pour une folle. C’est quelque chose d’extrêmement important pour moi. Je veux être normale. Comme tout le monde. Quand j’y pense, c’est dingue l’énergie que je déploie pour être lisse, transparente. Il me faut contenir, afin de ne pas exploser, car exploser ne fait pas partie du travail d’auxiliaire de puériculture. »

Un premier roman vraiment percutant, qui nous raconte Béatrice et son quotidien en maternité. Le « et » de liaison prend ici tout son sens, car à ce moment de sa vie Béatrice est dans un sacré creux, et ce qu’elle nous fait partager de sa vie « d’avant » a quelque chose d’un peu rebutant, dans un premier temps. Malgré soi, on désapprouve. Et on s’en veut de ce recul, on se secoue un peu, allez fais-moi donc preuve d’un peu d’ouverture, bon sang. On se dit aussi que la vision de la maternité est un poil orientée, ça passe très rapidement sur ce qui va bien pour ne voir que les problèmes, non ? Et puis il se passe quelque chose, Béatrice nous parle du docteur Marie, c’est la clef (en tout cas ça l’a été pour moi), notre regard change; et puis Béatrice nous parle de l’allaitement et ses mots portent, s’adressent à nos tripes qui les reconnaissent. Alors on termine le tout bouleversée, en empathie totale, et on se rend compte qu’en cent quatre-vingt six courtes pages tout un monde s’est déployé, et qu’on a peut-être bien soi-même récupéré une miette d’humanité qui nous faisait défaut.

Les duettistes ont encore frappé : billets de Cathulu et Clara.

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