postel

C’est un premier roman (prix Goncourt du premier roman) et il est excellent : à la limite, voici tout ce qu’il est besoin de savoir sur « Un homme effacé » d’Alexandre Postel (Gallimard, collection Blanche, 2013, 243 pages) mais le fait est que j’ai bien envie d’en parler un peu plus tout de même. La 4° de couv esquisse brièvement ce qui n’en constitue que le départ, à savoir l’arrestation d’un prof de philo universitaire et de bonne famille pour détention d’image pédopornographiques. C’est indéniable, son disque dur contient des traces de téléchargements illégaux et répréhensibles. Il nie, pourtant. A partir de là, c’est son histoire, son procès, la perception qu’ont les autres de lui qui se déroule, mais pas seulement. Sa propre perception de lui-même se modifie également, et surtout, il est impossible en commençant la lecture de seulement imaginer les sujets et les endroits que l’auteur va nous faire aborder : c’est excellent parce qu’on est surpris, jamais on ne va où on pensait se diriger; c’est excellent également parce que la langue est belle, un petit côté balzacien qu’on va pourtant assez rapidement occulter tant l’intrigue sait nous captiver (… « la malignité universitaire adoptait en général des formes plus cauteleuses : pareille infamie, en cas de découverte, coûterait cher à son auteur« , c’est beau, non ?); c’est excellent enfin parce que c’est mordant, jusqu’au bout du bout avec un épilogue d’une ironie glaçante, tout autant qu’infiniment triste (un peu à l’image du personnage). Dévoré d’un bout à l’autre en une seule goulée. Anne aussi.

« … Joseph et Chloé qui avaient décidé de s’offrir ce plaisir des couples qui ne s’aiment plus : un week-end en amoureux.« 

(Un des commentaires Internet au récit de son arrestation) : « Les gens normaux ont des fantasmes normaux, un point c’est tout. Les pervers comme M. North devraient être envoyés dans de sympathiques colonies de vacances, du côté du cercle polaire, où ils pourraient assouvir leurs fantasmes avec des pingouins par -51°. (Bonobo)« 

« Un dernier mot, (…) à propos de ce métier d’enseignant. Il ne faut pas se voiler la face, la relation pédagogique est une relation de nature érotique – au sens large du terme. Si tel n’était pas le cas, il y a longtemps que les cours seraient assurés par des ordinateurs… La transmission du savoir, et son apprentissage, ont une source commune : le désir; désir de savoir, bien sûr, mais aussi désir de plaire. Le professeur a un besoin vital de plaire à son public : faute de quoi ses cours sont désertés, et la transmission périt. Un professeur qui ne sait pas plaire est une pâte sans sel et sans levain. Quant à l’étudiant… sans le désir de plaire à son maître, le désir de l’imiter, le désir de surpasser les autres, l’étudiant croupirait dans l’indifférence et l’oisiveté.« 

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