PolaramaDavid Gordon

Actes Sud (Actes Noirs) (série dirigée par Manuel Tricoteaux) 2013, 405 pages

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laure Manceau (The Serialist 2010)

polarama

« Vous êtes libre à un moment cette semaine ?

– Je vais vérifier mon emploi du temps. » J’étais dans la cuisine, prêt à déjeuner. J’ai regardé mon bol de soupe à la tomate. C’était le milieu de l’hiver. Mon calendrier était vierge pour les trente années à venir. « Voyons-voir. Jeudi à 17 h ?« 

Notre narrateur a déjà écrit plein de trucs très différents, allant du conseil porno dans un magazine très spécialisé au polar en passant par la SF, mais toujours sous pseudonyme. Lorsqu’il a enfin l’occasion de pondre un livre sous son vrai nom, c’est prétendument pour recueillir les confessions d’un serial killer sur le point d’être occis le plus légalement du monde. Sauf que ce dernier a beau être sous les verrous, les meurtres reprennent, à l’identique. Alors quoi ? Le tordu en taule est-il innocent ? La jumelle strip-teaseuse couche-t-elle avec notre ami-qui-raconte pour de sombres motifs ? A-t-on affaire à un copycat et si oui, pourquoi, et qui ? Que veut en réalité cette adolescente qui se prétend son associée ? Et pourquoi ne parvient-il qu’à à peine survivre de ses talents littéraires ? Que de questions se bousculent ainsi sous le crâne d’Harry (notre ami écrivain, donc), qui en profite au passage pour nous livrer ses réflexions (et interrogations) sur la littérature au sens large, tout en résolvant sans y toucher une enquête qui a mis les plus fins limiers du FBI dans les choux depuis de nombreuses années. Et il a beau nous avertir (a posteriori, pas fou l’animal) qu’il a disséminé tous les indices nécessaires au fil des pages, on est bien trop occupés à nous régaler des extraits de ses oeuvres qu’il veut bien nous offrir, ainsi qu’à savourer le fruit de ses pensées pour réellement nous intéresser au prétexte qu’est l’enquête. Drôle, vif et percutant, un premier roman tout à fait réussi !

« Car s’il y a bien un conseil que je donnerais à tout écrivaillon en train d’affûter ses crayons, c’est celui-ci : quand vous touchez une corde sensible chez le lecteur, ou mieux, chez vous-mêmes, bombardez-la de mots.« 

« Oh, c’est évident, non ? J’étais le petit garçon solitaire qui se réfugiait dans les bouquins. Des dizaines d’années plus tard, rien n’a changé. Mais je ne suis pas un fou qui croit que son monde intérieur est réel. Non, j’admets au contraire que mon univers n’est rien, ou presque rien, une simple fiction, mais je continue quand même – pauvre, solitaire, désespéré, dépravé, amer et névrosé – et je persiste à tendre mes livres à la face de la réalité, comme un miroir qui ne reflèterait que les rêves. Tout oeuvre de littérature est une grande victoire sur soi-même et un petit acte de résistance contre le monde.« 

C’est Angela qui m’a donné envie (jolis extraits chez elle).

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