« J’aime bien penser que je suis encore assez bon dans ce que je fais,  mais rien ne peut rivaliser – je dis bien rien – avec le souvenir d’une bonne vieille terreur, surtout quand elle a été administrée à quelqu’un de jeune et d’impressionnable. »

Docteur Sleep Stephen King

« Et puis les gens changent. L’homme qui a écrit Docteur Sleep est très différent de l’alcoolique de bonne volonté qui a écrit Shining, mais c’est la même chose qui continue de les intéresser tous les deux : raconter une histoire qui dépote. J’ai pris mon pied à retrouver Dany Torrance et à suivre ses aventures. J’espère que vous aussi. Si c’est le cas, Fidèle Lecteur, on est bons.« 

On est même mieux que ça, Auteur Chéri, si la vie n’est qu’une roue qui tourne (comme tu aimes à le répéter), Docteur Sleep (Albin Michel 2013, 592 pages, Trad. Nadine Gassie) m’a bien ébouriffée, looping après looping. De quoi est-il question ? De la reconstruction d’un homme qui a été très abîmé, à la fois par l’alcool et par une enfance traumatisante (pour le moins). Un jour après l’autre, il apprend à se tenir debout et c’est rien de dire qu’il se heurte à une adversité coton : Danny a le « don », depuis toujours; c’est-à-dire qu’il a un pouvoir mental (qui comporte différentes facettes), et on sait bien (depuis un certain film) qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités… J’en ai assez dit car quel plaisir, QUEL PLAISIR de tout découvrir au fur et à mesure ! A son habitude, Stephen King glisse clins d’oeil et références à l’ensemble de ses précédents romans (et à Dickens et tout ça, tout comme d’hab) et nous, ses Fidèles Lecteurs, aimons ça, comme toujours il y a dans ses choix de métaphores et son lexique quelque chose de rustique et d’un poil grossier (d’un cheveu) et c’est très contagieux, évidemment qu’il possède un art consommé du récit et une imagination vraiment très enviable. Il y a tout King dans ce roman et il y a plus encore : le moment de la présentation d’Abra est super excitant parce qu’il fait confiance à la logique interne de son récit, il laisse le lecteur déduire seul et c’est super valorisant (même s’il l’explique juste après par un tour narratif (en le faisant remarquer à un personnage), c’est dommaaaaaage, mais j’ai ri du coup, alors que je m’étais frottée les mains de plaisir juste avant) (j’aime qu’on me fasse confiance) (en tant que Fidèle Lectrice). En passant, j’ai aimé aussi que Danny lise John Stanford (et parle de Lucas Davenport), j’ai pensé souvent à Lawrence Block (les AA et tout ça mais pas seulement), j’ai été super prise par le suspens (et même surprise, une fois au moins) (les mouches), mais je n’ai pas vraiment eu peur. Pas cette fois. J’avais un truc en tête pendant ma lecture – c’est sans doute idiot mais bon, je ne maîtrise pas comme Danny le truc des coffres-forts mentaux – « Il faut imaginer Sisyphe heureux« , et de fait, quand je vois Stephen King dans son actuelle (et matraquante) promo en France, il me semble, oui, qu’il est plutôt bien dans sa vie (mon Auteur Chériiiiiii), et que – peut-être – son écriture comporte un soupçon de bienveillance excessive.

Du même auteur sur ce blog :

Sac d’os

Joyland

Publicités