ParapluiesChristine Eddie

Editions Alto, 2011, 192 pages (Ed. Héloïse d’Ormesson 2013)

eddie

Un roman doudou pour jours de pluie qui nous raconte un débordement québécois  (au sens propre comme au figuré) : soudain, Matteo disparaît. Comme ça, très brusquement, sans raison, vraiment, quoique… des raisons, on s’en trouve toujours, quand on en cherche; mais on cherche souvent dans de mauvaises directions… Un roman réjouissant aux éclats de langue réconfortants, où l’on révise des documents techniques (et où l’on aime la ponctuation, donc), où l’on aime aussi la littérature (puisqu’on l’enseigne), allant jusqu’à tâter de la Russie, où Barack Obama sourit de toutes ses dents et où, enfin, l’entraide, les autres, ne comptent pas pour rien. Dans une très jolie construction, tout converge vers une nuit ballotée par une averse torrentielle où les énigmes trouvent leurs réponses, le tout au pluriel car on n’est jamais rien sans les autres. Ensemble, c’est tout, comme l’avait dit Anna, et Christine Eddie est de sa famille, celle des raconteuses d’histoire qui font du bien. Un grand merci Caro !

Lucie en parle plus en détails.

« J’ai tout effacé. Sauf la voix de Matteo qui me dit qu’il m’aime.

Béa, c’est moi, ne m’attends pas, je vais rentrer tard. Ciao ! (Silence.) Je t’aime.

C’était un message qui datait, un message de la fin de session quand il corrigeait des examens quinze heures par jour et qu’on avait l’habitude. A l’époque, je n’y ai même pas fait attention. Aujourd’hui, j’en connais chaque intonation. Ce n’était pas un je t’aime machinal. C’était un je t’aime qu’on ajoute à la dernière minute parce qu’on est pris d’une montée subite de tendresse. Un je t’aime qu’on prononce quand on est certain de ce qu’on ressent. Il allait raccrocher et il a pensé « Je l’aime, je dois le lui dire ». Pas de sous-entendu. Pas de maîtresse derrière, qui surveille en se rhabillant. Sa voix est claire. Il ne baisse pas le ton. Aucun bruit de fond. Il est dans son bureau avec un amoncellement de copies à annoter. Il est fatigué, déçu peut-être de n’avoir pas encore terminé, mais consciencieux. Pendant le je t’aime, il oublie tout ça. Il y a une petite hésitation, évidemment, après son ciao. Le temps de retenir le réflexe de raccrocher. Moins de trois secondes. Oups ! Je suis en train de passer à côté du plus important.  Voilà : « Je t’aime. » C’était un je t’aime sublime. Je l’ai gardé.« 

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