A comme Aujourd’hui –  David Levithan

Traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril (Every Day, 2012)

Editions Les Grandes Personnes, 2013, 371 pages

levithan

Vous vous souvenez de Code Quantum ? C’est ce qui m’a attirée dans ce délicieux roman ado : A. s’éveille chaque matin dans un corps différent, depuis toujours. Aucune vie « à lui » proprement dite, si ce n’est celle qu’il a issue de ces 5994 journées déjà vécues (au moment où on le rencontre). Il en a tiré quelques conclusions, il sait par exemple qu’à minuit pile il sera « extrait » et qu’il vaut bien mieux être endormi, l’expérience n’ayant rien de plaisant; qu’il occupera toujours un corps de son âge (seize ans) (et bébé quand il était bébé, etc. Il grandit « normalement »); qu’il garde une claire mémoire de tout ce qu’il vit et a accès en temps réel à celle de son « hôte » (en revanche il ne sait pas exactement (mais on va le découvrir) ce qu’il en est de cet hôte après son passage, le souvenir que son « occupation » laisse); bref, les règles sont clairement établies et A. est habitué à cette vie, malgré ses évidentes lacunes. Mais un jour, il rencontre Rhiannon. Et là…

Et là David Levithan a tout bon ! Il faut voir comment il maintient un suspens constant et parvient à nous parler de tellement de choses… J’ai aimé parce que j’ai été surprise, pas du tout le genre de roman où on se dit ah oui ok je vois où on va, on n’y va pas de toute façon, j’ai aimé aussi parce qu’à travers des tas de situations différentes (une chaque jour, donc), de vraies questions sont posées (et j’ai aimé qu’on n’y réponde pas, justement) sur la place du corps, la virtualité (et ses graves carences), la naissance des sentiments, la solitude, et l’Amour, oui, l’AAAAmour, bien sûr, toujours, toujours.

A un cheveu du coup de coeur (manque une toute petite pointe d’humour pour que je me pâme, mais j’ai été sérieusement accrochée tout de même.)

(David Levithan a également sévi de pair avec l’excellent John Green pour un roman ado qui m’avait aussi plu tout plein : Will & Will :

Pour éviter toute interruption de fabulosité, merci d’éteindre vos téléphones portables.
« ma mère : je devrais m’occuper de la salade.

moi : pourquoi veux-tu t’occuper de la salade ?

ma mère : tiny n’aime pas la salade ?

moi : je t’ai déjà expliqué que Tiny mangerait des bébés phoques s’il le fallait. non, la question c’est : pourquoi veux-tu t’occuper de la salade ? elle s’ennuie ? il faut lui chanter une berceuse ? à mon avis, la salade n’a besoin de personne. mais si tu as peur qu’elle s’embête, alors oui, VA T’OCCUPER DE LA SALADE !« 

Will Grayson est un ado solitaire qui tente de se raccrocher à deux principes fondamentaux (tout en passant son temps à les enfreindre allègrement). Mais Will Grayson est aussi un autre ado avec des problèmes autrement sérieux, de l’autre côté de Chicago. Ils se rencontrent fortuitement. Avoir un homonyme peut-il apporter quelque chose ? En vérité, je vous le dis, oui. En tout cas ça marche pour nos deux Will, qui nous racontent conjointement (l’un d’entre eux bloque sur les majuscules, bon, si ça lui plaît comme ça, hein) ce que c’est que l’amitié. C’est régalade pure, ça reprend nombre de thèmes absolument réjouissants intrinséquement (monter une comédie musicale, assumer son physique, les relations virtuelles, la parentalité, j’en passe), c’est vif et joyeux, sentimental mais jamais niais, et surtout, s.u.r.t.o.u.t, c’est formidalement drôle (et touchant) (et juste).

Will et WillJohn Green et David Levithan

Gallimard Jeunesse collection Scripto

Traduit de l’anglais (USA) par Nathalie Peronny

2011, 379 pages

« mais donc bref.« , « question choix de vie, je préfère encore le désespoir tranquille, à la névrose radicale.« , « je ne suis pas asexuel., je suis arelationnel.« , « les gens sont quand même tous cinglés, au cas où tu l’aurais pas remarqué.« )

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