« De toute façon, la vérité, tu le sais bien, c’est qu’elle n’est pas impossible du tout votre histoire. Il vaudrait mieux que tu arrêtes de lui dire ça. Sinon, ça va repartir à notre retour.

Tu as raison. Il ne faut pas que ça recommence, dit Olivier. Il faut que j’arrive à lui dire que c’est fini. Mais je n’y arrive pas. Je ne peux pas me dire que je ne la verrai plus. Parce que c’est quelqu’un d’important dans ma vie.

Sage, sage, ô ma douleur.« 

Moment d’un coupleNelly Allard

Gallimard, collection Blanche, 2013, 376 pages

Allard

Qu’existe-t-il de plus banal au monde que l’adultère ? N’a-t-on pas déjà tout raconté, tout disséqué, à ce sujet ? Nelly Allard, pourtant, réussit le prodige de nous river à son histoire et même – pauvres de nous – à instaurer un profond malaise, comparable à l’effet de « Bord de mer » de Véronique Olmi (sur un sujet tout autre) (mais qui a lu Bord de mer en en payant le prix dans les jours suivants saura de quoi je parle). Son « Moment d’un couple » est d’une contemporanéité parfaite, un couple, la quarantaine, deux jeunes enfants, deux boulots épanouissants, des amis, une vie sympathique et douillette, ensemble depuis dix ans sans problèmes connus. Une rivale s’insère. Classique. Mais aucune réaction au monde ne sera jamais semblable à une autre, et au plus près de chacune des pensées de ces deux êtres malmenés nous avançons à leurs côtés…. Un roman remarquable qui parvient à disséquer l’innommable en préservant les protagonistes, on ne déteste personne, oh on bondit plus d’une fois mais le propos est perpétuellement nuancé, aussi bien dans la forme (pudique, drôle même parfois, et vraiment vraiment précise et juste) que sur le fond, avec des éléments solides pris en considération (par exemple comment est-on perçu (et se perçoit-on soi-même) lorsque l’on se risque hors de la doxa). Dérangeant, fascinant, imparable.

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