« Une boule à neige avec une Solange individuelle dedans, bras levés, appelant au secours. Je suis contre le racisme. Et contre les bombes atomiques (affirme-t-elle pour gagner du temps). Et contre la fin des animaux. Contre la fin programmée des animaux (précise-t-elle) (un adjectif de son père). Rose est réveillée par le programmé. « Et tu fais quoi, contre ? » J’y pense, répond-elle avec une conviction qui résiste au ricanement de Rose.« 

cleves

« Clèves » de Marie Darrieussecq (P.O.L. 2011, 345 pages) est un sacré morceau. Nous sommes dans les années 80, dans un trou, et nous suivons Solange, de ses dix ans à la pleine adolescence. C’est absolument terrible (et extrêmement bien rendu, je trouve) comme elle est un perpétuel mélange de candeur inouïe et de roublardise un brin perverse, ou plutôt non, pas du tout, Solange n’a rien de pervers, elle est simplement totalement négligée et ne possède aucune des bases qui lui permettraient de dégager du sens et des principes. Elle est même carrément maltraitée, à vrai dire, et pas que par ses parents. Sauf qu’elle croit être consentante, elle croit à des tas de choses qu’elle comprend si mal. A travers ses mots à elle (et sa syntaxe défaillante) (et tout en instincts), elle parvient à la fois à nous horrifier et à nous faire fondre de compassion. L’éveil au monde, bousculée par ses hormones, d’une jeune fille. Dérangeant, parfois sordide, carrément cru par moments, et à d’autres immensément proche de son propre vécu, ce roman fait réagir, provoque quelque chose chez son lecteur, et je suis plutôt bluffée. Pas pour tous les yeux, ceci dit.

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