L’expérience Oregon – Keith Scribner

Christian Bourgois Editeur, 526 pages

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel Marny (The Oregon Experiment 2011)

scribner

C’est l’histoire d’un couple, qui va traverser une très sale période. Elle, c’est un nez (son métier est de créer des parfums), lui est universitaire, spécialisé dans l’étude de l’anarchie (il enseigne les sciences politiques). Ils se rencontrent alors qu’elle a perdu l’odorat et est en pleine déroute morale, il devient son appui total, elle l’aime. Lui n’en revient pas qu’une femme comme elle, New-yorkaise, branchée, incroyable, ait besoin de lui. Il l’aime. Nous, on les rencontre alors qu’ils emménagent au fin fond de l’Oregon. On ne les aime pas. Elle est enceinte, il y aura un bébé, des infidélités, des parents incroyablement dérangeants et un mouvement sécessionniste. Et ça finira mal… pas pour tout le monde.

Voici un roman envoûtant qui fonctionne comme en spirale, par strates, et qui se révèle bien différent de ce qu’il annonçait  : le vocabulaire, les sensations décrites, les brusques ruptures dans la narration, tout concourt à faire émerger une sensualité de plus en plus dérangeante, alors même qu’elle participe à la dynamique et du récit et du fonctionnement du couple vedette. En imbriquant la politique, en la tricotant en maille extrêmement serrée avec la vie quotidienne (et en présentant des personnalités très disparates), l’auteur crée une sensation d’étouffement, on ressent la façon dont tout se coince, on entrevoit confusément comment tout peut aller droit dans le mur, mais l’épilogue dévie de ce schéma trop prévisible.

C’est un roman très intelligent qui s’offre le luxe de l’improbabilité (dans le sens où personne n’est attachant, pas plus que fermement condamnable d’ailleurs, non, ils sont tous improbables) et qui fascine son lecteur, page après page. Un auteur à suivre !

Lu également par : Théoma, Kathel, …

 

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