Pascal Dessaint – Les derniers jours d’un homme

Editions Payot & Rivages, 2010 & 2013 pour l’édition de poche, 278 pages

dessaint

« Quand les gens ne sont pas capables de s’inquiéter de votre sort, ce n’est pas la peine de leur offrir le spectacle de votre désastre. C’est qu’il y a un fossé monstrueux entre vous désormais. Peut-être même qu’il existait déjà et que vous vous êtes toujours mépris.« 

Ca commence comme ça : une petite famille part en balade dominicale; on prend la voiture, qui ne sort pas souvent, il y a une araignée et sa toile sur le rétroviseur, madame veut la virer, monsieur est pour laisser vivre les araignées, le ton monte, la conversation dérape, ce qui devait être un bon moment tourne en eau de boudin; qui n’a jamais connu ça ? Immédiatement, le ton est juste, et il est donné : c’est l’impasse. Vous souvenez-vous de Metaleurop ? Dans le roman c’est devenu Europa, sinon tout est là, et putain (pardon my french) quel bordel infâme ! Un père et sa fille nous racontent tout ça, à quelques quinze ans de distance l’un de l’autre, en alternance, et on y est, on vit le truc, on voit toutes les issues se boucher les unes après les autres et bonjour pour s’endormir après. Un roman noir de chez noir qui maintient un juste équilibre et dans le ton et dans le forage d’une quotidienneté admirablement commune. Les personnages sont formidablement réussis, leurs attitudes, leurs paroles les dessinent jusqu’à les faire exister devant nos yeux (l’oncle, j’ai l’impression de l’avoir connu pour de vrai),  les scènes se succèdent et viennent s’imprimer dans le cerveau (ce moment où l’oncle dit à la petite en la mettant sur une chaise à la conférence écoute bien, tu vas entendre plus de conneries ce soir que t’en entendras dans toute ta vie (ou quelque chose dans ce style) – et l’expert qui annonce 10.000 ans (DIX MILLE ANS) pour que les plantes « nettoient » le sol…) et le tout est effrayant au possible. A lire.

Très bon billet de CathuluL’auteur en parle en vidéo.

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