« Des vies multiples » – Pénélope Lively

Mercure de France, 2008, 303 pages.

Traduit de l’anglais par Anne-Cécile Padoux (Making it up, 2005)

lively

Pénélope Lively use ici du « Et si ». A travers huit nouvelles (plus une préface), elle se remémore des moments charnières de sa vie où, si elle avait effectué un choix plutôt qu’un autre (ou si on l’avait fait pour elle), sa vie aurait bifurqué de manière radicale et elle serait devenue tout autre : c’est cette altérité qu’elle décline, en endossant carrément des peaux à l’opposé de la sienne (un homme par exemple). Si tous les textes n’ont pas présenté le même intérêt à mes yeux (celui où elle est un soldat par exemple m’a fait bailler), je trouve l’idée de base extrêmement séduisante et j’ai beaucoup aimé plusieurs parties (le chantier de fouilles archéologiques ou la visite à la tante anglaise par exemple) et j’ai carrément adoré « 12, Sheep Street » où elle ne parle que de livres (le dernier texte, Homère revisité, est très drôle aussi). Le tout forme un ensemble hétéroclite que je recommande pourtant, tant on sent à toutes les pages – même celles plus ennuyeuses – quelle profondeur possède l’esprit de Pénélope Lively et comme elle a su faire fructifier toutes ces années déjà vécues (elle est née en 1933). Attachante en diable. Merci Cathulu !

« On écrit à partir de son expérience, et une grande partie de cette expérience, c’est la vie de l’esprit; la lecture est une entrée dans la pensée des autres.« 

« Les maisons qui contiennent des livres ont un pouvoir caché. Nombreuses sont celles qui n’en ont pas, ou pratiquement pas, comme le découvre toute personne à la recherche d’un logement. Et puis, soudain, on se trouve dans un endroit qui en est bourré – rayonnage après rayonnage – et la mystérieuse pesanteur se fait sentir. La maison a du lest; peu importe le contenu, c’est le poids qui compte – toutes ces solides, silencieuses références à d’autres questions, à des préoccupations plus vastes, à un monde au-delà de leurs murs. Il y a là une présence, assurée, imprenable.« 

« Les gens se révèlent d’une façon presque subliminale; on sait très tôt dans quelle catégorie les placer : si on aimerait les revoir ou non, ou si cela vous serait indifférent. L’attirance sexuelle n’a rien à voir là-dedans; il s’agit là d’autre chose. C’est surtout une question d’empathie, comme si l’autre portait un signal codé que vous reconnaissez. Cela peut se produire avec une vendeuse dans un magasin, votre interlocuteur dans une soirée, ou l’homme qui vient relever votre compteur.« 

« La vision déformée que l’on peut avoir de sa propre vie vient de ce qu’on en est le personnage central. Moi; ma vie. Mais personne ne la perçoit ainsi. Pour les autres, on est à la périphérie. On est peut-être important pour eux – très important même -, mais on peut tout aussi bien leur faire à peine impression; dans les deux cas, on n’est pas l’oeil qui voit. On est auxiliaire et un peu acteur.« 

« A quarante-sept ans, Sarah avait parfois l’impression que la vie la tenait par la peau du cou. Le plus souvent, on pouvait ne pas tenir compte du temps qui passait, c’est-à-dire qu’on l’apprivoisait, qu’on le réduisait aux pages de son agenda, à des dates et des jours de la semaine, au réglage du réveil-matin ou à un programme de télévision. On fermait les yeux sur les implications plus sombres, sur les pas qui vous suivent. Et il arrivait qu’elle se réveille la nuit, souvent après avoir rêvé qu’elle était de nouveau enfant ou jeune femme, et elle restait éveillée à se dire : j’ai quarante-sept ans et, mon dieu, je ne sais pas comment le temps a passé. C’était comme s’il y avait auprès d’elle une présence menaçante qui la forçait à contempler l’implacable réalité : regarde, regarde bien et ne l’oublie pas. »

« Je me suis livrée sans mesure, pensa-t-elle. Elle lui demanda : « Tu n’en as pas assez ? Tu n’es pas fatigué de moi ? » Il lui toucha de nouveau le genou. « Je pense que ce n’est pas près de m’arriver. »« 

En 2004, j’avais lu « Le tissu du temps » du même auteur qui contenait déjà en germe les mêmes sujets d’interrogation, si je me fie à mon avis de l’époque :

Le tissu du temps – Penelope Lively
Édition : Mercure de france (grand format, 17 Octobre 2001)
Traduit de l’anglais par Anne-Cécile Padoux

Le temps qui tisse sa trame…. Stella est arrivée à l’âge de la retraite, après une belle carrière d’anthropologue, qui l’a menée de par le monde. Elle décide de s’établir dans la campagne anglaise, pleine de projets de lecture, de culture etc… Mais son indépendance farouche se heurtera à son nouvel environnement…. C’est un joli livre, rempli des souvenirs de Stella, de son étonnement face à ses 65 ans « réels » alors qu’à l’intérieur elle est toujours jeune… On retrouve beaucoup ce thème tout au long du livre et ça me plait bien. Comment voir quelqu’un d’étranger dans son miroir parce que toute sa vie on reste la même jeune fille de ses 20 ans… Toutes les relations de l’héroïne sont très bien décrites, son métier également, c’est intéressant. Par contre, il ne se passe pas grand chose. La psychopathe de voisine apparaît bizarrement par moment sans que son histoire n’existe vraiment à aucun moment… Mais cependant le tout a ce charme un peu suranné « so british » qui est fascinant, languide… A lire au bord de l’eau, seule dans sa chaise longue, par les fins d’après-midi qui se traînent.

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