Sébastien Brébel – La baie vitrée

P.O.L. 2013, 152 pages

brébel

« La baie vitrée » est un recueil de quatorze nouvelles que je serais bien en peine de définir ou même de seulement décrire. A son habitude, POL réfute le concept de 4° de couv en nous livrant une phrase énigmatique : « Je regarde« , qui a déclenché mon envie de lecture, et qui se révèle adéquate. L’auteur regarde, effectivement. Loin de tout voyeurisme (et avec une obsession pour la minceur, voire la maigreur) il est regard, oeil, et dans cet oeil s’étale tout le spectre des visions possibles. Ca donne beaucoup de paradoxes, tout et son contraire peut-être même et parfois ça n’a aucun sens (mais parfois si) mais la langue, la langue !… C’est tout simplement fascinant, dans le sens où ça m’a scotchée aux pages, et très dense, dans le sens où j’ai mis beaucoup de temps à lire tout ça, prise en permanence dans une sorte de révérence superstitieuse, comme si quelque part se trouvait la possibilité que cet oeil en action ait regardé par chez moi, par mégarde ou pire. C’est un recueil bizarre, étrange. Fascinant, oui.

« Tu es émotive, de constitution délicate, et peu encline aux changements de quelque nature que ce soit, mais chaque fois que notre couple traversa une crise, tu fis preuve d’une loyauté sans faille et d’une résignation admirable, et de mon côté, je ne trahis jamais la promesse de rester à tes côtés jusqu’à la fin de mes jours. » (Purée, eurk !)

« Elle a travaillé comme correctrice dans une maison d’édition et lu des dizaines d’ouvrages pornographiques au contenu horrible et sadique. Elle a été terrifiée durant cette période de devenir une malade mentale, et dans l’espoir qu’on ne sache rien des images qui envahissaient son esprit, elle s’habituait à transformer les données de sa conscience en grains de sable négligeables. » (Je pense à quelqu’une, là ;o)))

« Tu n’es pas insensible à mon charme et aux pointes d’humour acérées que je saupoudre à doses mesurées dans nos conversations et les compliments que je continue de te faire font des incursions rapides et ravageuses dans ton âme d’enfant. »  (Est-ce que ça ne dit pas tout, ça ? L’âme d’enfant surtout ?)

« Elle a décroché l’imper et claqué la porte derrière elle, et lorsqu’elle s’est rendue compte qu’elle avait oublié les clefs à l’intérieur, un sourire extatique, d’une violente tristesse, a illuminé son visage. » (Je trouve cette phrase magnifique. L’extase d’une violente tristesse… Han)

« Il peut se passer des mois sans qu’il ait une nouvelle d’elle et alors il lui semble errer dans le monde gris et tiède d’un ennui sans frontières. Il voudrait pouvoir l’oublier et faire qu’elle n’ait jamais existé, mais ses efforts pour la chasser de ses pensées ne tendent qu’à renforcer l’emprise qu’elle a sur lui.« 

Le tout début, la première nouvelle, les premières phrases (et pan, piégée, j’étais !) :

« CONTRADICTION.

– Je ne sais pas qui tu es.

Et d’ailleurs je n’aurais pas la sotte prétention de chercher à te connaître, je suis irrésistiblement attiré par toi et cela suffit à me rendre heureux, à l’instant où je t’ai vue pendue aux bras d’un autre je me suis senti veuf et j’ai cessé de m’estimer, tu es imprévisible et splendide, tu ne doutes jamais de toi et le plus souvent je reste coi devant tes décisions, tes raisonnements les plus simples m’échappent et ta psychologie me rebute, tu t’exprimes pourtant avec facilité et lorsque je t’écoute ta voix semble jeter des lueurs soufrées sur mes mains, tes agissements sont obscurs et ta nudité m’effraie, tes manières sont médiévales et ton visage est une énigme que je ne me lasse pas de scruter, » (to be continued…)

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