Les clowns de l’EdenAlfred Bester

Traduit de l’américain par Guy Abadia (The Computer Connection, 1974)

Editions J’ai lu, 1976

bester

Quand Yue Yin m’a offert ce livre, j’étais méfiante; la dame a parfois des goûts… à elle (à base d’arbres ou de Tolkien par ci, Tolkien par là) et bon, voilà, quoi. Mais je viens de passer un moment délicieux avec Glig et sa troupe, tout à fait raison elle avait (merci !).

Alors nous sommes dans un futur indéterminé, avec le Groupe. Ce sont des personnes (souvent épileptiques de nature) qui, au moment d’une mort violente, ont subi un réarrangement de leurs mollécules et pouf ! les voilà devenues éternelles (enfin presque, elles peuvent re-mourir genre tête tranchée ou pieu dans le coeur, et cette fois c’est définitif, ou choper une maladie past-cancer, donc elles font très attention à leur santé, mais je n’entre pas dans les détails). On les appelle des Homols. Ces êtres bien particuliers sont également souvent des têtes bien pleines, et dans le Groupe on a par exemple Jicé (lui-même, oui oui) ou notre narrateur, Guig (son épouse l’appelle Glig). Ils sont morts à différentes époques (forcément, vous me direz, sinon on n’aurait pas Jésus) et se serrent les coudes. Enfin, jusqu’à ce que l’un d’entre eux (toute récente recrue) (car Guig a tendance à trucider qui l’intéresse pour grossir les rangs) (mais attention, une mort violente comme il faut pour pouvoir obtenir un homol, hein) fusionne par extraordinaire avec l’ordinateur central qui gère tout sur la planète et au-delà. Et qui décide que ça va bien, l’Humanité, il a mieux à proposer pour la suite des évènements…

Honnêtement en fait, l’intrigue (bien qu’elle existe) n’est qu’un prétexte à un joyeux (très joyeux) fourre-tout qui se révèle amusant de bout en bout et qui est soutenu par une solide érudition (je n’ai pas tout identifié, perso, ça fourmille de références) et une excellente traduction pleine d’inventivité et de jeux avec la langue (et d’images marrantes comme tout). Du plaisir qui a tenu sur la longueur !

Des exemples :

« Qu’est-ce que c’est que ce nom, Fée, poursuivit-il en se tournant vers moi. Un diminutif de fécule ? Féline ?

– Fébrile.

– C’est le diminutif de féminine, corrigea Fée avec beaucoup de dignité.« 

« Nous levâmes deux nanas qui prétendaient être lycéennes et qui l’étaient peut-être après tout. L’une d’entre elles était capable de réciter l’alphabet jusqu’à L. Le problème était de l’arrêter une fois qu’elle avait commencé. Une snob. »

« Laisse-moi te présenter Laura.

– Laura ?

– Regarde dans la cuve. Je retirai le couvercle et je me penchai pour regarder. Je me trouvai nez à tentacule avec la plus grosse pieuvre que j’aie jamais vu dans ma foutue existence.

– C’est ça, Laura ?

– Ma joie et ma fierté. Dis-lui bonjour.

– Hello, Laura.

– Non, non, pas comme ça. Elle ne t’entend pas. Il faut mettre la tête sous l’eau.

– Bleblo Blaura, bulbullai-je.« 

(Oh ça, j’adore : le regard américain sur le français de base ) :

« Un visage typiquement hostile de mangeur de grenouille apparut, me dévisagea de haut en bas et me demanda d’un ton aigu : – Qu’est-ce que c’est ?« 

(Plein plein d’autres choses à relever, notamment cet usage des abréviations et des mots conjugués comme des verbes. J’ai adoré.)

Sibylline un peu moins (mais elle en parle bien tout de même :))

Publicités