« Je ne sais pas ce que j’en pense, avait-elle dit. J’ai bien compris que c’était triste, mais je ne me suis pas sentie triste. C’était intellectuel. C’est ça, être un homme ?« 

holly goddard jones

Une fille bienHolly Goddard Jones

Albin Michel (Terres d’Amérique) 2013, 382 pages

Trad. (USA) par Hélène Fournier (Girl Trouble, 2009)

La vache, la vache, la vache, elles envoient, ces nouvelles. Le Kentucky, une jeune fille qui a été brûlée vive, la vie des ses parents, après (Pièces détachées) ou des auteurs du drame (Preuves de l’existence de Dieu), d’autres petites existences minables et universelles, un môme atteint de glaucome, une épouse qui se demande tardivement s’il vaut mieux faire des sacrifices ou en exiger, un été au bord d’une piscine quand on a treize ans et que le corps envoie peut-être des signaux qu’on ne comprend pas, des moments insignifiants qui ont soudain l’éclat du tranchant le plus vif, des interrogations, beaucoup, du doute, un léger flottement. Atmosphère, univers, sens, tout est là, et tout fonctionne, exercice parfaitement réussi.

« Il est plus séduisant aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été : hâlé, en forme, le genre d’homme à porter la cinquantaine comme une Rolex, symbole de sa bonne éducation et de sa réussite. Je trimbale la mienne comme un ulcère. »

« Ce soir-là, Ben alla se coucher sous le coup d’une émotion qu’il lui était trop difficile d’étiqueter, un mélange de colère, de gêne et de frustration, mais aussi quelque chose d’autre : l’impression que son cerveau, comme ses yeux, n’était bon qu’à saisir la forme des choses mais pas les couleurs, ni les textures, ni les nuances. Parfois, en présence de son père, il avait l’impression de plisser son esprit comme on plisse les yeux sans pour autant être capable de voir ce que son père voulait qu’il voie.« 

« C’était une fille aux hanches larges, aux formes arrondies, à la poitrine belle et généreuse. Un peu rondelette, sans doute, mais bien proportionnée, et elle assumait ce poids, ces seins et ces hanches en se pavanant avec assurance, une démarche sensuelle mais pas ouvertement aguichante. Ca m’a coupé le souffle. Pour la première fois cet été, et ce ne serait pas la dernière, je l’ai regardée, et j’ai regardé la fille frêle au visage doux assise à côté de moi, et j’ai su quel genre de femme m’était destiné, quel genre de sexualité j’aurai quand je finirai par en avoir une : agréable et inoffensive, car les filles comme April n’étaient pas conçues pour autre chose. Simple question de mécanique.« 

Merci Cathulu ! Alice parle de malaise ressenti à la lecture et je confirme ! (Mais moi j’aime ça :)), …

 

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