Cathulu sans épilation

Jamais titre n’aura été plus difficile à choisir. « Bonjour petit poussin de mon coeur » comme le lui écrit sa fille dans une carte postale ou  « Pourtant elle est grave sur cette photo noir et blanc, inquiète comme elle l’a toujours été » comme il le dit de sa mère ou « J’ai toujours attiré les schizophrènes, je ne sais pas si je leur ressemble ou si je les rassure » ou « Ne jette rien même pas les ombres et porte des fleurs mortes sur ma tombe » ce vers d’Yves Foubert dont il dit aussi « Il a échappé aux balles, pas à la cigarette » ou « Toute ma vie j’ai attendu le dimanche » comme le dit la riante auto-stoppeuse de 85 ans qui aime tant danser (ou lui, même page : « Un jour je n’avais plus dansé. Je m’étais mis à réfléchir sur tout, même le dimanche. » ? et ça, c’est juste le choix du titre. Comment parler après de ça, par exemple :

« Sortir acheter du pain me coûte. Dès le matin je m’enroule dans ma robe de chambre rouge en me disant : « Aujourd’hui personne ne viendra. » Cette seule pensée me comble. Du café, des livres, de longues heures à basculer d’une fenêtre à l’autre, des ciels, un stylo que je tripote, mon cahier. Il y a belle lurette que je ne cherche plus le bonheur, je cherche des jours paisibles, libres, silencieux, de lentes journées de rêve.« 

ou ça : « Lentement, l’imagination a envahi ma vie. J’ai de moins en moins de chagrins réels, de réelles joies, mes émotions vraies sont dans ces livres qui ont jauni entre mes doigts. Quelques mots me font battre le coeur plus vite qu’une rencontre, qu’un évènement.« 

Ou encore ça  : « Et pourtant chaque matin certains d’entre nous se ruent sur leur ordinateur pour rejoindre les autres. Quand il les croisent dans la rue, dans la vie, ils ne les voient pas. Qui est responsable ? Les hommes, la nature ? Et pourtant le bien et le mal n’ont jamais existé dans le chaos de l’univers. Les étoiles font leur vie et s’en vont. Chacun de nous essaie de sortir un instant de la nuit, d’être aimé, d’éloigner la mort. Je ne suis ni pire ni meilleur que les autres, j’écris pour être aimé, pour comprendre ce chaos, notre folie, pour retenir ceux qui s’en vont.« 

Il s’appelle René Frégni, et dans « La fiancée des corbeaux » (Folio 2012), qui m’est arrivé « non épilé » entre les mains (j’adore) (les cornes sont les miennes), il tient un journal, de fin octobre à début juin. Chaque page est comme un coup au coeur, il parle tellement bien des petits riens et des grands touts (écrire, lire, sa mère, sa fille, la solitude, la grande vieillesse, les bols rouges, les institutrices aux yeux calmes, le tir sur arbre…), on le devine tellement tremblant, fragile et pourtant si droit (bon sauf les yeux dans la salle de bain d’en face, tout de même), qu’on suspend le temps autour, on étire la lecture au maximum, on contemple, on savoure. Précieux.

Grand merci Cathulu !

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