« Est-ce que je me trompais du tout au tout ? Me suis-je trompé dès le début ?« 

Ce sont les trois dernières phrases de ce roman, et elles lui correspondent tellement bien… Nous sommes dans le sud-est de l’Australie, en compagnie de Smithy. Il est vieux et solitaire, abstinent par injonction du médecin mais il sait bien qu’il est déjà bien tard. Il a bu toute sa vie, travailler et boire, c’était sa vie, maintenant il travaille encore, mais dans les vignes et au jardin, plus rien à voir avec la tonte des moutons, et il ne boit plus, il parvient à peine à manger. Il travaille et il regarde ses collègues boire, il regarde son fils s’abîmer dans de mauvaises fréquentations, il subit des remontées de souvenirs, de regrets et de remords. Il accueille une jeune fille, et l’écoute elle aussi monologuer sans force sur ces pensées qui envahissent l’esprit malgré soi. Et il fait chaud, la vigne est exigeante et les souvenirs brûlants…

« Et puis il y a les hommes qui parlent et les hommes qui sont silencieux et ceux qui parlent ne savent pas ce qu’ils disent et ceux qui sont silencieux n’écoutent pas, mais ils boivent pour atteindre ce silence , le silence de leur âme. Et j’étais l’un de ces hommes.« 

Un premier roman qui est déjà, par magie, un classique, tant sa prose a l’air écrite par une vieille âme (auteur né en 1974 seulement !). Une traduction (Australie) de Brice Matthieussent (déjà en soi un gage de qualité) qui nous offre des pages de descriptions somptueuses (mais vraiment) mêlées à un récit sec et coupant. Une sorte d’introspection au grand air, un mélange déstabilisant. Impressionnant.

jeremy_chambers

Le Grand OrdinaireJeremy Chambers

Editions Grasset, 2013, 311 pages (The Vintage and the Gleaning, 2010)

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