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Le blog de Sylvie Sagnes

« Moi, le déglingué. Non : *un* déglingué. »

« A la fin de ma première période d’affectation, j’étais déjà un connard. »

howey

Phare 23 Hugh Howey
Actes Sud, collection Exofictions, 2016, 233 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Estelle Roudet (Beacon 23, 2015)

« Depuis que je bosse pour la Nasa, je passe quatre-vingt-dix-neuf pour cent de mon temps à râler que j’en sais plus qu’eux. Le un pour cent restant, je tremble et pisse dans mon froc en constatant que je pourrais bien avoir raison. »

Nous sommes dans le futur, dans l’espace. Au bord d’un champ de météorite, une balise veille. Elle émet un signal guidant les vaisseaux qui déboulent à plusieurs fois la vitesse de la lumière. A son bord, un homme. Chargé de pallier à tout problème. Un gardien de phare…
Le problème de ce roman c’est qu’il ne cesse de changer d’optique.
Débutant sur une espèce de monologue à propos de la solitude (qui fait un temps penser à « Seul sur Mars »), il entremêle ensuite une pincée d’action, d’humanisme mal fagoté, de plaidoyer contre la guerre (naïf, de surcroit) sans oublier une petite dose d’histoire d’amour. Il est à la fois trop court pour déployer vraiment les éléments qu’il met en scène et bien trop long pour l’intrigue proprement dite, délayée voire noyée sous des propos annexes. On a vraiment du mal à reconnaître la plume de l’auteur de Silo ?!…

* * Summer Star Wars, épisode VII * * : le bilan

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Nous sommes le 23 septembre, l’été est terminé et le Summer Star Wars aussi. Pour une première expérience, je suis contente de mon bilan (9 billets) mais j’aurais évidemment pu faire mieux. La prochaine fois, je tâcherai de m’organiser un minimum et de sélectionner ce que je vais lire/regarder, au lieu d’y aller au petit bonheur la chance et de subir, logiquement, beaucoup d’abandons. Ca m’aura permis de préciser un peu ce que j’aime dans le genre Space/Planet/Opera, à savoir exactement la même chose que dans tout roman : la combinaison d’une bonne histoire et d’un style moderne et fluide.

J’ai vu 2 films : Galaxy Quest et Cargo

et une mini-série :  Ascension

J’ai lu 5 romans :  L’espace d’un anLe livre des choses étranges et nouvellesLa justice de l’ancillaireAu tréfonds du cielCrying Star

et une BD : Terminus tome 1

Je suis donc à présent libre de tout challenge et toute prête à remettre ça, ne reste qu’à en sélectionner un🙂

« Les femmes, lui dit Dominique, sont des capitalistes comme les autres. »

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Chanson douceLeïla Slimani
Gallimard, collection Blanche, 2016, 227 pages

Paris, de nos jours, Myriam ne supporte plus de rester à la maison pour s’occuper de ses deux enfants. Lorsque Mila est née, pourtant, il lui a semblé impossible de quitter ce tout petit bébé, puis Adam est arrivé, et sa carrière d’avocate a été repoussée. Son mari travaille dans la musique, il n’a pas d’horaires, rentre au milieu de la nuit. C’est tout petit, chez eux, Myriam étouffe. Ils décident de prendre une nounou à domicile. C’est Louise qu’ils choisissent. La quarantaine, veuve, frêle et blonde, elle s’impose comme une évidence. Très vite, elle devient indispensable, s’occupe de tout, cuisine, range, nettoie, et les enfants l’aiment beaucoup. Idyllique ? Non, forcément, et Leïla Slimani nous l’expose avec un sens consommé du détail, scrutant le moindre recoin de ces vies qui pourraient être les nôtres. Elle saisit l’attention du lecteur dès les premières pages et ne l’autorise à la relâcher qu’après son point final, le bousculant par l’impression de proximité de ce qu’elle décrit. Tout en nuance et avec une subtile progression dramatique, on en termine glacés. Très fort !

« Tout écrivain digne de ce nom se pense meilleur que les autres. »

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Un bon écrivain est un écrivain mortGuillaume Chérel
Mirobole éditions, 2016, 241 pages

J’ai lu le billet de Mior alors même que je m’apprêtais à entamer ma lecture de ce roman, acheté, comme elle, sur une irrésistible impulsion due à la maison d’édition (que j’aime, donc) et aux promesses de la 4° de couv (« Pastiche, roman de l’anti-rentrée littéraire »), et loin de me décourager, son coup de griffe m’a motivée : j’étais toute prête à m’amuser et me disais qu’avec un peu de chance, ma perception de l’humour n’était pas la sienne. Mais rien à faire.
Parce qu’il a passé trois mois en résidence d’écrivain au monastère de Saorge, Guillaume Chérel a eu l’idée de concocter une petite farce potache sur cet endroit en y glissant quelques autochtones réels et en choisissant dix écrivains très médiatiques pour les faire jouer aux dix petits nègres dans une ambiance vaguement gothique. Il les égratigne à peine (on ne peut pas dire que ce soit méchant, tout juste perfide parfois) et en fait des tonnes, ne nous épargnant aucun jeu de mot facile (« Ghostbuster qui tonne » etc.) sans toutefois prendre la peine de bâtir une intrigue qui tienne la route, ponctuant le tout de banalités dont, honnêtement, tout lecteur se moque (« Francesco avait découvert que la jalousie entre écrivains était le pire fléau de ce microcosme condescendant, étriqué, auto-satisfait, imbu de lui-même, où tout le monde se connaissait et se cooptait sans se lire et en faisant semblant de s’apprécier. ») Ca amusera peut-être (sans doute) ceux qui sont cités (ils se trouveront eux-même horriblement mal caricaturés évidemment), mais en dehors de ça…

« A quel moment est-il devenu mal de se conduire bien ? »

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Chemins toxiquesLouis Sachar
Gallimard Jeunesse, 2016, 237 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-François Ménard (Fuzzy Mud 2015)

« Tamaya ne se plaignait jamais. Parfois, quand elle avait peur, elle se répétait les dix vertus qu’on lui avait fait apprendre par coeur à l’école Woodridge : « Charité. Propreté. Courage. Empathie. Grâce. Humilité. Intégrité. Patience. Prudence. Tempérance. »
Destiné aux 9-13 ans, ce roman, comme tous ceux de Louis Sachar, se lit avec un énorme plaisir bien après 13 ans. Le moindre détail de son intrigue se savoure, de cette école enfoncée à l’orée d’un bois à la narration relayée par des rapports d’enquête, et l’on se passionne tout autant pour l’angoissante progression de la « boue d’écume » que pour l’histoire d’amitié que l’on voit naître, toute fragile et gracieuse. A la fois thriller écologique (totalement SF en ce sens) et roman d’apprentissage, « Chemins toxiques » sonne juste d’un bout à l’autre et je le recommande chaudement.

« On ne lui avait jamais demandé de porter un costume pour un entretien d’embauche. »

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Voici venir les rêveurs Imbolo Mbue
Belfond, 2016, 300 pages
Traduit de l’anglais (Cameroun) par Sarah Tardy

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » disait Nicolas Boileau. C’est le premier roman d’Imbolo Mbue et elle raconte une histoire toute simple, de manière également très simple : la tentative d’une famille camerounaise de s’établir aux Etats-Unis. Sans recourir aux grandes idées ou à des éléments tragico-dramatiques, nous sommes, dès les premiers mots, plongés dans le quotidien d’une famille attachante, qui affronte toutes les difficultés en ne se départant jamais de la richesse de ses racines. En creux sont présentes toutes les aspérités liées à l’émigration, et plus globalement à ce qui constitue le bonheur. Concentrée sur à peu près deux années, l’intrigue se suit avec plaisir mais reste tout de même à la surface des choses.

« Et le flash mit en lumière une idée plus vaste, encore plus blasphématoire : son cerveau contenait trop de choses. »

« Tu te rends compte que communauté et communication ont la même racine, communis en latin, ce qui veut dire commun, public, partagé par le plus grand nombre ? »

eggers

Le cercleDave Eggers
Gallimard, collection Du Monde Entier, 2016, 511 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson (The Circle 2013)

Mae a vingt-quatre ans, elle vient d’une toute petite ville près de Fresno, fille unique de parents déjà âgés à sa naissance, après la fac elle a travaillé pour le service public dans son village, et elle a failli périr d’ennui. Sa coloc de la fac l’a faite entrer au Cercle, sorte de condensé de toutes les sociétés 2.0 du moment (Apple, Microsoft, Facebook, Twitter & co). Cette boite a un siège social démentiel qui est une énorme ville à lui tout seul et où les employés peuvent vivre sans jamais en sortir. Le Cercle prône la transparence et l’utilisation massive des réseaux sociaux (les leurs, évidemment, ils possèdent tout), et pour ce faire mesurent absolument tout, du rythme cardiaque à la popularité en passant par l’influence, tout est regroupé dans un « rank » qui devient vite le but ultime de Maé : monter dans le classement…
Impossible lorsque j’ai lu le billet de Papillon de ne pas me précipiter sur ce roman, et je la rejoins sur plusieurs points : c’est véritablement une lecture addictive, et c’est soi une gageure, tant c’est mal écrit. Ce n’est pas un problème de traduction, ce sont les personnages qui sont invraisemblables et leurs interactions sont tellement pataudes qu’on se sent mal à l’aise. L’héroïne, Maé, est d’une stupidité sans nom et une myriade d’éléments heurtent tout sens commun, tant ils sont naïfs. Et pourtant, oui, on ne lâche pas ce roman, parce qu’il met le doigt sur quelque chose de fascinant. C’est un fait que nos vies ont changé avec les réseaux sociaux, et que le net prend une place de plus en plus prégnante. Dave Eggers pose les bonnes questions, il aborde tous les thèmes liés à ces nouvelles formes de communication et il le fait bien. Un roman qui permet vraiment de s’arrêter sur ses propres pratiques, et il y a matière à réflexion…

« Personne n’a besoin en vérité du niveau de contact que vous fournissez. ça n’améliore rien. Ca ne nourrit rien. »

« Il y avait des millions de gens à travers la planète qui seraient solidaires, qui la soutiendraient de toutes sortes de façons surprenantes et sincères. La souffrance se résume à la souffrance si on souffre en silence, seul. Souffrir en public, devant des millions de gens aimants, ce n’était plus souffrir. C’était communier. »

Pêle-mêle de livres pour les petits (2)

Timoté va sur le pot d’Emmanuelle Massonaud et Mélanie Combes (Editions Gründ 2015), 22 pages

Timoté

Je ne sais pas (je ne sais plus !) quel est l’âge préconisé pour débuter l’apprentissage du pot mais ce livre s’adresse plus aux enfants qui le maîtrisent déjà : beaucoup de texte, une histoire plutôt longue et un dessin fourni, empli de détails. En tant qu’adulte, j’apprécie énormément les couleurs pimpantes et les pages plastifiées, mais je n’ai pas eu beaucoup de succès avec ce livre, Timoté sera pour un peu plus tard.


Zou et le doudou perdu (Larousse 2016, 22 pages)

Zou

Je ne connais pas la série TV (d’après l’oeuvre originale de Michel Gay), j’ai acheté ce petit album sur la seule foi de sa bonne mine et de sa bonne humeur : une enquête décidée sur la perte d’un doudou, très bonne façon de dédramatiser ce qui arrive hélas fréquemment (la perte ou l’oubli du doudou…) Nous évoluons dans l’univers de petits zèbres adorables, gentils, sympathiques, les couleurs sont vives et les pages plastifiées : que demande le peuple ?


Un grand cerf de Virginie Guérin (Milan 2009, 10 pages)

Cerf

Troisième achat dans cette collection de contes et comptines à toucher (et à chanter), qui m’a fait me rendre compte que je ne chantais pas les paroles exactes (« frapper à l’huis » et non pas chez lui – version moderne ? ;)), ce grand cerf offre comme d’habitude des pages à caresser et de petites choses à soulever, sans excès, et avec une éventuelle fragilité pour la double page finale – le temps nous le dira.


Caca boudin de Stéphanie Blake (Ecole des loisirs collection lutin poche 2004, 36 pages)

Blake

Où l’on retrouve Simon le petit lapin (celui qui voulait des pâtes), qui de nouveau tourne en boucle : cette fois, à tout ce qu’on lui dit il ne répond qu’une seule chose : caca boudin. Sur tous les tons et à tout le monde, il n’a que cette (malheureuse) parole à dire. Mais un jour il rencontre le loup ! Et… Chute malicieuse comme toujours, irrévérencieuse et on adore ça.


On range ! d’Eve Hermann et Roberta Rocchi (Nathan 2015, 24 pages)

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La collection « Mes petites histoires » Montessori est vraiment adaptée aux petits avec un format moyen, des dessins doux et peu de texte sur chaque page. Ici, les héroïnes rangent leurs jouets en fin de journée et trouvent plusieurs méthodes différentes. C’est l’illustration de la cuillère de sucre chère à Mary Poppins, oui ranger peut être amusant !


Mon petit coeur d’Antonin Louchard (Seuil jeunesse, 2016, 22 pages cartonnées)

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Mon petit poussin, ma petite colombe, mon petit crapaud… je t’aime ! Un imagier petit format, solide et illustré de jolis animaux (avec même une petite blague pour la puce), qui peut être « lu » en variant les tonalités et dont on apprécie de caresser la couverture (coeur en feutrine). Mignon comme tout.


Sophie Canétang d’après Béatrix Potter (Gallimard Jeunesse)

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Parce qu’une petite Léonie nous a rejoint en août dernier, je regarde à nouveau les livres pour nouveaux-nés et un livre pour poussette est un indispensable ! Sophie Canétang provient de l’univers de Béatrix Potter, c’est une petite cane (un seul « n », ce n’est pas l’objet qui aide à la marche…) qui fait coin coin, va petit petat, fait un plouf et un gros câlin ! Pas plus, pas moins, mais le format (tout mini), les grosses pages cartonnées (solides), et le ruban pour fixer sur la poussette (détachable et lavable) sont un vrai plus.


J’aime d’Emmanuelle Bastien (L’Agrume)

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Un imagier à la Prévert ! Dans ce livre (cartonné), tout est question de trous, de fond coloré et d’un soupçon d’imagination (un peu d’humour ne nuit jamais non plus). Ainsi, si je dis que j’aime les petits pois, la page blanche piquetée de trous donne sur un fond vert (l’assiette, les pois); le clafoutis ce sont des trous (plus gros) dans une page jaune orangée (couleur gâteau) devant une page rouge (les cerises), etc. – ceci pour le côté pratique. Coté plus abstrait, j’aime aussi (entre autres) les étincelles ou l’eau qui pique, me cacher ou regarder par le petit trou ! Je le trouve malin comme tout, cet imagier.

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Le voyage de Petite Poule d’Anne Bouin et Vincent Bourgeau (Actes Sud Junior)

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Le format est super : c’est un livre valise, avec deux solides poignées pour le transporter partout. Les feuilles sont en papier, mais il y a une ou deux phrases maximum de texte (à partir de 3 ans dit l’éditeur mais un peu plus tôt c’est bien aussi, je pense) et l’histoire est adorable : c’est Petite Poule qui prend le train pour se présenter à un travail de vendeuse dans une boutique de sacs et bagages, c’est son rêve, elle imagine déjà sa vie à Paris et tout. Mais le magasin a fermé ! Toute triste, dans le train de retour, elle rencontre Petit Coq, qui a la même valise qu’elle (en pied de poule, bien sûr ^^). Du coup, ils se trompent de valise. Donc ils se revoient. Et ils eurent beaucoup de petites valises dans leur magasin à eux !

« Survivre ne suffit peut-être pas (…) mais d’un autre côté, Shakespeare non plus. »

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Station ElevenEmily St. John Mandel
Traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé
Rivages, 2016, 475 pages envoûtantes

Une grippe. Il aura suffit d’une bonne vieille grippe foudroyante – l’Histoire n’en manque pas – pour éteindre toute trace de civilisation (notons que tout a commencé en France, merci Emily…). Jeevan était au théâtre, son meilleur ami, aux premières loges dans un hôpital canadien, l’avertit, il fait un stock monumental d’eau et de nourriture et se retranche dans l’appartement de son frère. Il survivra. C’est le cas pour un petit nombre d’individus (c’est toujours le cas), qu’ils soient immunisés naturellement (rare) ou que les circonstances les aient placés hors d’atteinte du virus. Mais survivre suffit-il ? (Non, d’après Star Trek). Dans une humanité repartie à zéro après la pandémie, sans eau courante, ni électricité, sans moyens de déplacements rapides, sans alimentation à acheter au magasin du coin, et surtout peut-être à la merci de n’importe quels virus ou bactérie qui traîne, la poignée de survivants ne s’entraide pas tellement, à vrai dire. Le désespoir a de tous temps encouragé les folies diverses…
Ca, c’est la trame de fond (et elle est solide), mais Emily St. John Mandel nous propose en plus une histoire totalement attachante, et addictive, en effectuant des aller-retours entre le présent et ce futur apocalyptique qu’elle imagine et en liant les personnages entre eux à divers degrés d’éloignement, usant de prolepse (avec subtilité) et rivant le lecteur à son suspens d’une manière que j’ai trouvé magistrale.
J’ai adoré ce roman qui est d’une grande douceur malgré son univers terrible. Et puis, Shakespeare…

Le billet de Cathulu.

« Et puis, on n’est pas là pour trier les lentilles. »

« Je suis prise dans la routine de l’exercice physique. Chaque seconde, mes faits et gestes sont dictés. Impossible de réfléchir. Et puis réfléchir, c’est déjà désobéir. »

guillaumin

FéminineEmilie Guillaumin
Fayard, 2016, 400 pages

Emma Linarès éprouve, de tous temps, une fascination pour l’armée. Ce qu’elle raconte de son enfance l’explique dans une certaine mesure, mais la façon dont elle pense à une carrière de militaire va au-delà de l’approche psychologisante de sa famille; elle se sent appelée à un grand destin, et elle puise du réconfort dans l’idée de fraternité : « Ma singularité m’inquiétait. Etre soldat, numéro de matricule parmi tant d’autres, n’être que l’un des rouages d’une mécanique puissante, était une idée séduisante. » Elle a vécu chez ses parents jusqu’à vingt-sept ans, elle a fait de bonnes études, elle travaille comme journaliste radio; et cette vie l’asphyxie. Un jour, elle se lance. Elle pousse la porte de l’Armée de Terre. Et elle raconte…
C’est un premier roman et il est vraisemblablement largement autobiographique. Il est aussi profondément intéressant, en dépit (ou peut-être même grâce) à ses quelques fragilités (un chouïa de redites, un moment un peu flou vers le milieu). Il raconte le parcours d’une jeune femme à la recherche d’elle-même, et sait parfaitement faire ressentir l’ambivalence de la narratrice. En être et s’en libérer (militaire), apprécier et en voir le ridicule (les marches au pas, les chants surtout), juger mais accepter totalement (les collègues) – et vraiment accepter : ses portraits sont d’une grande tendresse, sans pourtant rien édulcorer.
« Êtes-vous rustique ? » lui avait demandé le premier recruteur :
« Je ne savais pas encore que ce mot, c’est la base pour tout soldat. La rusticité, c’est la capacité de vivre à la dure sans se plaindre, d’encaisser le pire sans moufter. La rusticité ultime, c’est non seulement de ne pas se lamenter, mais d’aimer ça, ce mélange tourbeux de froid, d’inconfort, de risque. »
Elle avait répondu oui – et c’était vrai, en un sens (elle pensait mentir).
L’année et demi qu’elle aura passé au sein de La Grande Muette lui aura appris les limites de sa rusticité – qui ne sont pas où elle l’aurait pensé.

(« Féminine », c’est ainsi que sont nommées les soldates dans l’armée. Il y a les hommes, et les féminines. #WTF)

favorited_reviews_120Net Galley

« Les mabroutes ont disparu à cause d’une météofrite. »

« T’es marrante, toi, comment tu t’appelles ?
– Rase.
– Rase ?
– Euh, non, Rose. Je me suis embrouillardée. Bon revoir, monsieur. »

Rose

RoseColas Gutman
Ecole des loisirs, collection Maximax, 2011, 82 pages

Rose aimerait bien être Angleterienne, ou se demande si elle ne serait pas coeurifiée. En attendant, ses parents viennent une fois de plus de déménager, elle tente sa chance dans une nouvelle école. Débouler dans une nouvelle classe de CM2, ça l’échauffe, et quand elle est échauffée, Rose transforme le langage. Elle aimerait beaucoup, pourtant, s’exprimer comme tout le monde, mais c’est plus fort qu’elle, ce qui sort de sa bouche ne ressemble pas à ce que les autres disent… Je découvre la collection Maximax, destinée aux 9-11 ans (par abonnement), et c’est une excellente pioche que cette petite Rose de Colas Gutman. Elle démontre qu’être différent n’est pas forcément être exclu, et nous donne le sourire ! Très agréable à lire, même après onze ans🙂

« Tu veux jouer à qui parle-parle ?
– C’est quoi ?
– Un jeu très simple. Si ce que tu dis ne m’intéresse pas, tu n’as plus le droit de parler de ta vie. Vas-y, commence.
– Moi, je pense…
– T’as perdu ! Tu viens de m’ennuimerder.« 

* * Summer Star Wars, épisode VII * * (9)

9 ° billet pour le * * Summer Star Wars, épisode VII * *

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galaxyquest

Galaxy Quest de Dean Parisot (1999) : ce film est un pur pastiche, il a moyennement marché à sa sortie en salle mais s’est depuis conquis une jolie petite réputation et a raflé un certain nombre de prix, dont le prix Hugo du meilleur film en 2000, par exemple. Un pastiche, donc, de Star Trek principalement mais des séries/films SF en général (j’ai beaucoup pensé à Doctor Who). Ca commence par une bande d’acteurs qui en sont réduits à cachetonner dans les conventions de SF (vous savez, celles où on doit payer pour obtenir un autographe…) ou à faire des interventions en hypermarché, ce genre de choses. Ils sont connus pour leurs rôles dans une série de science-fiction, mais la série s’est arrêtée et les années ont passé. L’acteur qui tient le rôle du Commandant agace terriblement ses petits camarades car il a les faveurs du public, et un jour, en pleine convention, il est approché par des Thermiens, des vrais extra-terrestres, qui ont eu accès à la série et l’ont prise au pied de la lettre : ils viennent demander l’aide du Commandant et de son équipage…

Tim Allen a reçu un prix du meilleur acteur pour son interprétation du Commandant Peter Quincy Taggart et c’est mérité, mais en réalité tous, individuellement et collectivement auraient pu en recevoir un : quel plaisir de voir ces acteurs jouer – dans tous les sens du terme. Entre la belle Sigourney qui tient très fort à assurer la communication avec le vaisseau et les réjouissants Thermiens qui sont fans, fans, fans, on ne sait plus où arrêter de glousser, d’autant que les items revisités sont quasi exhaustifs : très large panoramique de ce qui constitue la SF (et autant d’hommages) (ou disons de clins d’oeil).

Hautement recommandable !

 

* * Summer Star Wars, épisode VII * * (8)

Cargo

8 ° billet pour le * * Summer Star Wars, épisode VII * *

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C’est à quelques jours de la fin du challenge que j’ai seulement l’idée de regarder ce que propose Netflix (mieux vaut tard que jamais). C’est ainsi que j’ai regardé « Cargo » d’Ivan Engler, un film Suisse-Allemand (2009) d’1 h 47.

Nous sommes dans un futur où les hommes vivent dans de petites stations spatiales surpeuplées (la Terre est inhabitable en raison de pluies acides). Laura est médecin, elle s’engage pour une mission de ravitaillement qui doit durer huit ans, seul moyen d’obtenir l’argent nécessaire pour aller rejoindre sa soeur sur Rhéa, la planète où l’on peut vivre à l’air libre. Elle passe la majorité des quatre ans nécessaires à l’aller en stase (sommeil) puis vient son tour de garde. Alertée par des bruits suspects, elle se rend alors compte que l’équipage n’est pas seul à bord du vaisseau…

Le maître mot de ce film est : LENT. Tout prend du temps à se mettre en place et les dialogues tiennent sur un dé à coudre. Pourtant, sans crier à l’originalité, l’intrigue se tient et l’atmopshère fonctionne. On se prend à envisager diverses pistes et – ce que j’apprécie toujours – on ne va pas là où on pensait aller, même si le tout est un petit mélange de quelques références de la SF. On a une impression de quasi noir et blanc qui renforce le sentiment d’oppression et pour un film tourné à tout petit budget, quelques images sont vraiment jolies, il y a un vrai travail de mise en scène.

J’ai plutôt aimé.

« Trois conditions, Leo, dit-elle. Pas de drogue. Pas d’emprunt. Pas de baise. »

« Elle croyait dans les deuxièmes chances, parfois plus que dans les premières, souvent gâchées par la jeunesse et l’imprudence. »

Pactole

Le PactoleCynthia d’Aprix Sweeney
Fleuve éditions, 2016, 432 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Damour (The Nest)

« A une époque, ils se racontaient tout – ou, corrigea-t-elle mentalement, elle lui disait tout et il lui disait ce qu’elle avait besoin de savoir. »

Pour son premier roman, l’ambition de Cynthia d’Appris Sweeney, comme elle l’indique en dédicace, était de bien raconter une bonne histoire : pari tenu. Nous sommes à New-York de nos jours et la famille Plumb vit depuis toujours dans l’attente du « Pactole ». Le patriarche, en effet, a préparé sa succession en plaçant une somme modeste pour ses enfants qu’ils ne pourront toucher qu’après le quarantième anniversaire de la benjamine. Entre temps, l’argent a fructifié jusqu’à devenir une très coquette somme dont la promesse a amené chacun des quatre enfants à vivre au-dessus de ses moyens. Alors lorsque l’un d’entre eux fait capoter le truc c’est la panique… Roman choral et divertissant, « Le Pactole » est fermement implanté dans les dysfonctionnements d’une famille colorée et attachante, dont on suit les péripéties avec intérêt. Pour ceux qui aiment Armistead Maupin ou Yves Beauchemin, par exemple.

 

Net Galley

« A quarante-trois ans, les illusions et les maladies peuvent être nouvelles, la vie plus tellement. »

miloszewski

La Rage Zygmunt Miloszewski
Fleuve Noir, 2016,
Traduit du polonais par Kamil Barbarski

Nous avons rencontré le procureur Teodore Szacki alors qu’il avait trente-cinq ans et officiait à Varsovie (« Les Impliqués »); nous l’avons retrouvé quatre ans plus tard, divorcé et muté à Sandomierz (« Un fond de vérité »); dans le tome qui clôt la trilogie (et qui n’est plus édité chez Mirobole mais chez Fleuve Noir ?!) quatre années de plus se sont écoulées et notre procureur est installé à Olsztyn (la ville aux onze lacs…), englué dans une chape d’ennui. Il a l’impression de n’avoir affaire qu’à des cas d’une grande banalité, l’ambiance à la maison entre sa fille et sa nouvelle amoureuse est affreuse (elles s’entendent bien, en fait, mais quand il est là tout est problématique), il n’en peut plus des embouteillages et de la laideur polonaise, le collègue qu’il supervise est d’une rigidité effrayante et c’est l’hiver. Mais soudain la découverte d’un squelette va déboucher sur un mystère et l’ennui est envolé : on va d’horreur en monstruosité.
Le thème central du roman est la violence familiale (conjugale et domestique), aussi bien physique que verbale ou situationnelle, et la manière dont elle est perçue et gérée à la fois par ceux qui en sont victimes ou coupables et par ceux qui savent mais ne font rien (et cela vaut aussi, on le verra, pour ceux dont c’est pourtant le métier). L’intrigue est super prenante d’autant plus qu’elle débute par une scène grandement déconcertante : notre procureur en train de tuer quelqu’un. Pourquoi, comment, on le prend à rebours et on y est à fond (on frémit vraiment plusieurs fois). Dommage alors pour l’épilogue qui n’est pas du tout satisfaisant, à la fois tortueux et expéditif, et qui laisse beaucoup de questions sans réponses. Cependant, tout comme dans les deux premiers tomes, le survol de la société polonaise contemporaine est passionnant et on espère que l’auteur continuera à nous y faire voyager, même sans son procureur fétiche !

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