« On ne peut pas aider tout le monde… mais il n’est pas interdit d’essayer. »

Moka

Un sale moment à passer Moka
L’ école des loisirs, collection Neuf, 2002

Parce qu’il y a eu un incendie dans son immeuble, Athénaïs, jeune collégienne, doit s’occuper de son petit frère de trois ans pendant les vacances de Pâques. Elle en est très contrariée, même si elle en reconnaît la nécessité. Elle adore son petit frère, qui est bien craquant – très attiré par les « fiiiiilles » (comme il dit) (déjà) -, ce n’est pas le problème, mais passer deux semaines dans une petite chambre d’hôtel alors qu’il pleut avec un petit, ce n’est pas vraiment amusant. Alors Athénaïs enquête, car dans un hôtel séjournent des gens très différents…
Même si la collection Neuf s’adresse aux 9-12 ans, en tant qu’adulte on prend vraiment plaisir à lire cette histoire dont le rythme est parfait et l’équilibre entre les sujets évoqués – plutôt graves, pour certains (réfugiés, femme battue par exemple) – et le ton résolument joyeux fonctionne bien. Le tout est empreint de bienveillance et de jolies valeurs sont à l’oeuvre, sans oublier quelques bêtises, fondamentales ! Athénaïs est une jeune fille attachante et maline qui nous fait passer un bon moment, malgré le titre😉

« Bien que ma vie intérieure fût particulièrement exaltante, j’ai fini par m’ennuyer ferme. »

« J’étais ce genre de fille qui abordait sa passion pour Diaz Uribe comme un lecteur qui aborde la lecture comme mode de vie, qui lit à tout moment, qui lit Philip K. Dick ou Cortazar ou Baudelaire pendant son cours   de maths, pendant qu’il se douche, pendant qu’il fait la guerre et attend dans les tranchées, un lecteur (une lectrice) qui se choisit un auteur pour l’aider à cartographier son monde, un lecteur (une lectrice) qui dialogue à jamais de manière insupportable, inefficace et nécessaire avec un écrivain. J’étais ce genre de personne. »

– Ovaldé

Soyez imprudents les enfantsVéronique Ovaldé
Flammarion, 2016, 343 pages

C’est l’histoire d’une jeune espagnole qui tombe un jour de ses treize ans sur une peinture, dans un musée. Forte impression, début d’une gentille obsession – « gentille » car Atanasia Bartolome n’a pas, au fond, ce tempérament à aller au bout de ses obsessions. En revanche, elle les laisse se manifester périodiquement et c’est sa recherche sur le peintre qui va guider et rythmer ses dix-huit ans… C’est l’histoire d’une famille à travers les siècles (fantaisiste, évidemment), d’une jeune fille qui se cherche et qui sait – sans savoir – que tout ne lui a pas été dit de ses racines, c’est aussi l’histoire d’un exilé russe parisien, de la mutation des méduses et du camping en bord de mer espagnol hors saison. Entre autres. Car en fait, comme tous les romans de Véronique Ovaldé c’est une histoire fantasque et riante, pleine de couleurs et de douceur qui distille des petits clins d’oeil, l’air de rien. Je l’ai trouvée très inspirée du merveilleux Confiteor de Jaume Cabré, ne serait-ce que dans la narration qui passe de la troisième à la première personne (et retour) sans démarcation (mais aussi dans l’esprit), sans en avoir la portée. Et bizarrement j’y ai vu aussi beaucoup d’Olivier Adam – je me disais même qu’il aurait pu signer certains passages. L’atmosphère, la plume et les impressions sont très agréables mais l’héroïne a eu du mal à m’intéresser, j’ai dû batailler un peu pour  terminer le roman – ce qui ne me plaît jamais beaucoup.

« Il y a quelque chose de doux dans le mouvement des obsessions quand elles partent vers le large. Elles cessent de vous importuner nuit et jour. Ce n’est ni une capitulation ni un abandon. Elles attendent leur heure. Elles peuvent tout à la fin de l’histoire se transformer en cuisants regrets. Mais, si elle sont assez vivaces, elles ressurgiront au moment qui leur semblera le plus propice – à elles. »

Ce que j’ai déjà lu de Véronique Ovaldé :

La grâce des brigands (pas chroniqué)

La salle de bain du Titanic
Trois nouvelles qui dessinent la (triste) vie d’une seule et unique héroïne, dans le même endroit, une station balnéaire. C’est vraiment court, on reste un peu sur sa faim, mais tout ce qui fait le charme de la plume de Véronique Ovaldé (que j’adore) est présent, et il serait dommage de s’en priver.
Déloger l’animal 
J’adore absolument ces romans où l’on se fait piéger, qui se révèlent tout autre chose que ce que la 4° de couverture peut en dire, ou les premières pages laisser supposer. Donc, baissez vos défenses, oubliez ce que vous pensez savoir ou deviner, et entrez dans l’histoire de Rose.
15 ans, en paraissant 7, scolarité en institut spécialisé, une passion pour l’élevage des lapins sur le toit de son immeuble, une Maman à perruque et un père Monsieur Loyal dans un cirque, voici Rose, telle qu’elle se raconte. Sa meilleure amie a 65 ans, et lorsque Maman disparaît, peu à peu elle fissure l’imaginaire qu’elle prenait pour la réalité, qui pouvait nous décontenancer légèrement, pour tout recadrer dans le concret, quitte à écorner la poésie… Car Rose ne ment pas, elle construit à partir de ce qu’elle a entendu, supposé….
Une petite merveille où de page en page on savoure, on apprécie en se félicitant de notre chance.
Extrait : p. 144
« Retournons à la caravane, dit-elle.
Il avala sa salive.
Il se dit, il faut que nous nous arrêtions en chemin, que je trouve un truc à fumer, que je puisse boire quelque chose de fort, que nous nous perdions en route, que la neige se remette à tomber, que nous soyons pris dans le blizzard, que son cinglé de frère surgisse, il faut que nous ne puissions pas atteindre la caravane, que nous fassions tous les bars du coin, qu’elle tombe, que je m’endorme brutalement sur le trajet, que je fasse un infarctus, qu’un nuage toxique s’abatte sur la ville, que se produise un grand incendie, que les Nord-Coréens attaquent, que ma mère débarque et me demande de l’aide pour sortir sa voiture des congères, il faut que je propose autre chose.
Puis Markus s’est dit, putain j’ai jamais eu aussi peur.« 
(avant le premier baiser ! )
Et mon coeur transparent
« Je suis un petit garçon calme et sérieux et incompris et déjà nostalgique. »
Ce sixième roman de Véronique Ovaldé a reçu un accueil critique plus que tiède un peu partout, et ça a bien failli me décourager de le lire. A présent que c’est chose faite, je me demande comment ont fait tous ces gens pour se tromper à ce point ? Je ne parle évidemment pas de leur appréciation subjective, on aime ou n’aime pas le style de Véronique Ovaldé, mais je peux réfuter sans aucune exagération tout ce qui concerne le « pas clair » : Oui, la trame de ce roman se comprend tout à fait facilement, toutes les questions trouvent leur réponse, non, on ne se perd jamais en cours de route et même, il n’y a quasiment pas de digressions….
C’est l’histoire d’un gars super passif. Du genre à s’étonner que les meubles disparaissent, il réalise parfois que tiens, l’armoire a disparu ? Et puis il passe à autre chose, dans son tout petit monde cloisonné. Enfin, pas exactement cloisonné. Retiré, serait plus juste. Il bosse à domicile, ne fréquente personne que le cercle des amis de sa seconde épouse, la belle Irina. Qui justement meurt. Il réalise alors qu’il ne connaissait rien d’elle, et se lance dans une sorte de recherche de la vérité, de très loin enquête policière, essentiellement constituée d’un pas devant l’autre, pour notre Lancelot quelque peu déphasé…
Un roman de Véronique Ovaldé c’est un tout; c’est une entrée sphérique dans son monde, où la neige est consciencieuse, où les tranquillisants induisent un effet patient et dupliqué (je ne connais pas de meilleure façon d’expliquer leur brouillard ! « Dupliqué », c’est tellement ça !), où le juron favori est « funérailles ! », et où les petites filles s’appellent Tralala et jouent avec leurs mains.
Il y a un très frappant paradoxe entre cet univers onirique, vaporeux et plein de fantaisie qui caractérise cette auteure, et la réalité de ce qu’elle décrit, une forme d’engagement réactionnaire de bric et de broc, une saleté quotidienne avec des gens branlants.
Moi, j’adore, je suis cliente, archi-cliente, c’est vraiment original sans être fatiguant (lourd), ça ne pèse en rien sur l’histoire, la portant tout au contraire, et ce n’est pas prétentieux pour un sou.
Des vies d’oiseaux
« Elle n’était pas ivre, simplement prise d’une mélancolie moelleuse. »
C’est l’histoire de Vida, ou celle de Paloma, ou de Taïbo, Adolfo, et derrière eux Gustavo, Eguzki, Miguel, Chili, Teresa, quelques autres encore. Ce n’est pas une histoire, d’ailleurs, ce sont des morceaux de vie, très simples, tout simple, sans ce côté légèrement décalé qu’on trouve souvent dans les romans de Véronique Ovaldé, sans rien de fantastique (au sens du genre).
« Vida a quarante-trois ans. Et pour une raison inexplicable, au vu du bon état général de ses artères et de chacun de ses organes, de l’élasticité encore intacte de sa peau, de la chair de ses bras qui ne pend pas quand elle tente d’attraper quelque chose sur une étagère, malgré tous ces signes qui lui disent que le temps n’est pas encore venu de refermer sa porte, Vida se sent infiniment vieille. Elle se surprend à se demander pourquoi elle a accepté d’offrir sa vie entière à Gustavo, comment les humains en arrivent à ce genre d’arrangement.« 
Gustavo appelle la police, un jour, parce qu’en leur absence leur belle maison de gros richous a été squattée. C’est Taïbo qui vient prendre leur déposition, manière de dire d’ailleurs, car rien n’a été ni volé ni cassé, juste occupé. C’est Vida qui le reçoit. Il ne se passe rien, qu’une dame qui parle à un policier un peu plus jeune, beaucoup plus calme. Bien que Vida soit d’une placidité apparente à toute épreuve elle-même. Et puis Taïbo a ses failles lui aussi, dix ans que Térésa l’a quitté et il lui semble qu’il ne s’en remettra jamais.
Et puis d’autres maisons sont aussi occupées illégalement. Et puis il semblerait que Vida ait un petit peu menti, sur quelque chose qui n’a rien à voir. Et puis…
Dieu que ces pages passent trop vite ! Tout m’a plu, dans ce roman qui exhale ce que j’aime tant dans la plume de Véronique Ovaldé, ces consonances espagnoles, ce flou savant, ces petits éclats qui viennent se ficher en plein coeur, ces gens juste comme il faut, ni tops ni nazes, juste eux, debouts, vrais, faillibles.
 « Si tu voulais des garanties, ma douce, il fallait acheter un toaster.« 
Ce que je sais de Vera Candida 
Elles sont quatre, de Rose Bustamente (la plus jolie fille de Vatapuna) à Monica Rose (son arrière-petite-fille) et c’est l’histoire de cette lignée uniquement féminine qui nous est racontée. Tout commence dans une petite île imaginaire d’Amérique du Sud, dans un temps indéfini qu’on croirait volontiers hors du temps, pour se terminer dans une ville contemporaine avec des faits très concrets. Comme si on se réveillait tout doucement d’un conte, comme si aussi la réalité ternissait tout. L’une d’entre elle quittera l’île, pour rompre la fatalité. C’est en tout cas ce qu’elles croient…
En lisant la prose de Véronique Ovaldé, j’ai été submergée par sa beauté, tout entière au service de son imaginaire extraordinaire. Je ne connais pas d’autre plume contemporaine française capable d’une telle chose. Il y a un refus total de la lourdeur, une mise en légèreté qui ne cède jamais rien au futile.
Par exemple, quand Rose Bustamente demande à Jeronimo ce qu’il pense des enfants, il lui répond par une histoire. Le fond de cette histoire, plombant s’il en est, est la cause de tous les malheurs de cette lignée de femme. A cause de, donc. Plus tard, ce sera pourtant grâce à la même chose, au fond (le nazisme) que Vera Candida trouvera refuge auprès de Gudrun Kaufman. C’est là, c’est écrit dans l’histoire mais ça ne fait pas partie de la narration apparente. Tout le roman propose comme ça des pistes d’interprétation, que le lecteur saisit ou pas, selon sa propre lecture. Et aucune n’est plus juste qu’une autre. C’est ça, pour moi, la légèreté.
J’ai aimé follement chaque phrase, chaque mot de ce roman. Il a une odeur, une couleur, un humour discret (« Mais un jour ce qui devait arriver arriva : un petit garçon de Vatapuna attendait Rose au retour de sa pêche. Il était assis sur la plage, il la regardait venir du large à l’abri sous son chapeau de paille verte. (Cette paille n’est pas encore mûre et elle mûrit sur la caboche. Le chapeau change insensiblement de couleur jusqu’à devenir marron, c’est un plaisir pour les yeux et une surprise quotidienne, un couvre-chef comme ça; la paille dore puis brunit et, pour que le processus s’arrête, il faut la baigner chaque jour dans de l’eau citronnée. Comme les enfants portent souvent ce genre de chapeau à Vatapuna, ils  dégagent tous une délicate odeur de citronnade. Mais trêve de couleur locale.« ), un univers entier qui s’offre comme un cadeau enchanté au lecteur. Les personnages sont apparus immédiatement devant mes yeux, c’est presque une expérience dimensionnelle, un livre magique qui en s’ouvrant projette autour de lui son contenu. Je les vois tous, ils sont un peu fatigués, farouches, inadaptés. Je les aime.
« L’arithmétique
Pendant des années, quand Monica Rose s’assoirait sur le canapé entre Vera Candida et Itxaga, elle se serrerait contre eux, bougerait son minicul comme si elle se faisait un nid, les prendrait par le bras et dirait, On est bien tous les deux.
La première fois, Vera Candida rectifierait, On n’est pas deux, on est trois.
Et Monica Rose répondrait, On est bien quand même.« 

 

« Après l’épreuve, la vie n’était qu’une forme de taxidermie. »

Tuil

L’insoucianceKarine Tuil
Gallimard, 2016, 524 pages

Ils sont quatre personnages principaux aux antipodes les uns des autres : il y a le jeune soldat tout juste rentré d’Afghanistan, la journaliste-écrivain engluée dans un mariage condamné d’avance, le grand patron qui va subir un puissant lynchage médiatique et enfin le politicien autodidacte issu des cités. Romain rencontre Marion lors du séjour de décompression à Chypre après sa mission, Osman connaît Romain depuis l’enfance et François est le mari de Marion. Ils se heurtent les uns aux autres et foncent tout droit dans ce que notre époque peut produire de pire… Qui a déjà lu Karine Tuil connait sa plume rageuse et volontaire, qui trouve ici matière à en mettre plein les yeux. Pas un instant de répit, jamais de demi-mesure et aucun sujet tabou, on se glisse dans la vie et la peau de tous les personnages en passant par une myriade d’états différents et ça nous laisse groggy, un peu ko, vaguement nauséeux aussi tant ces quatre-là ont une propension à n’expérimenter le monde qu’à travers leur propre intérêt – je me disais, c’est fou tout de même, en dehors de ce qui leur arrive à eux très personnellement jamais rien ni personne n’est dans leurs pensées ou ne soulève leur émotion. Beaucoup de froideur derrière la vivacité du rythme et quelque chose qui coince le lecteur, qui l’enserre dans les problématiques évoquées et c’est fortiche ! Un roman puissant.

« Les enfants d’ici étaient comme ceux d’ailleurs. Ou presque. »

« Je ne sais pas trop ce que vous imaginez, mais laissez-moi vous dire une chose : le monde n’est pas peuplé de gens qui attendent d’élever vos gamins à votre place. »

Henderson

Yaak Valley, MontanaSmith Henderson
Belfond, 2016, 575 pages
Traduit de l’américain par Nathalie Peronny (Fourth of July Creek 2014)

 

Pour son premier roman, Smith Henderson a tapé juste immédiatement. En racontant l’histoire de Pete, assistant social qui couvre un territoire immense aux nombreuses étendues hostiles, il nous plonge au coeur de la pire misère qui soit, celle qui condamne irrémédiablement l’enfance et instaure son cercle vicieux – la répétition. Des familles en perdition, il en croise tant et plus, à commencer par la sienne. Dans un quotidien embrumé par l’alcool et la passivité, il tente malgré tout de tendre la main vers ceux qui en ont besoin – pas toujours de la meilleure façon. Pete est un héros qu’il serait facile de prendre en grippe, s’il ne possédait pas cette qualité ambivalente : il ne lâche jamais. Patiemment, en faisant des détours, en s’égarant parfois sur de mauvais chemins, il revient sur son ouvrage et si ça ne marche pas, il essaie encore. Ailleurs. On pénètre dès les premières pages dans une Amérique des trous paumés où le pire est quotidien et on s’arrache lentement le coeur – car tout est encore pire qu’il n’y paraissait initialement. Envoûtant.

« Wyominer, c’était aller de nulle part vers nulle part. A travers nulle part. »

« Quand quelqu’un veut pas qu’on le retrouve, qu’est-ce qu’on peut y faire ? »

Net Galley

« Le monde est plein d’histoires douloureuses et il semble parfois qu’il n’y en ait pas d’autres. »

Butler

La parabole du semeurOctavia E. Butler
Au Diable Vauvert, 2001, 388 pages
Traduit de l’américain par Philippe Rouard (Parable of the Sower 1993)

Nous sommes en 2025, en Californie. Un futur proche dans lequel tout a gravement dégénéré, et où les gens survivent en érigeant de grands murs autour de leurs communautés – pour les plus chanceux d’entre eux. Tout existe encore, mais plus rien ne fonctionne normalement. Notre narratrice est Lauren, la fille d’un pasteur noir, que la réflexion au sujet de Dieu et des Hommes amène à créer « Le Livre des Vivants ». Son credo est simple (en apparence) : Dieu est Changement. C’est la construction de sa pensée qui rythme le roman, au gré des atrocités qui se succèdent. Bien vite, elle doit prendre la route et traverser ce qui reste de la société pour dénicher un endroit où bâtir sa communauté… « La parabole du semeur » est suivi d’un deuxième tome, sur lequel tout lecteur se ruera implacablement, tant l’effet est addictif. On a totalement l’impression d’y être – et d’y être pratiquement dans la réalité; disons que le pire imaginé ici ne semble pas être totalement de la science-fiction mais une des dégradations possibles de la situation actuelle du monde. Ca aurait presque pu rentrer dans le Summer Star Wars Challenge, étant donné que Lauren place ses espoirs pour le lointain futur dans une colonisation de l’espace – mais on reste hélas bien sur Terre, et uniquement sur Terre.

« Ce qu’il faudrait, c’est un livre qui vous transporte loin de ce monde pour toujours. »

« Ce qu’il faudrait, c’est un livre qui vous transporte loin de ce monde pour toujours. Ca s’appelle un flingue, je crois. »

Founds

Le Bestiaire fantastique de Mme FreedmanKathleen Founds
Plon, collection Feux croisés, 2016
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Caroline Bouet

La collection Feux croisés chez Plon révèle régulièrement des petites pépites, et ce premier roman de Kathleen Founds en est une (elle m’a d’ailleurs évoqué Maria Semple et son réjouissant « Bernadette a disparu »). L’histoire se dessine en creux dans une construction essentiellement épistolaire (mails, copies d’élèves, journaux intimes, notes et récits croisés… les matériaux sont multiples mais toujours distancés par rapport à la progression de l’intrigue) et l’histoire est tragique; il s’agit de la lutte, sa vie durant, de Laura Freedman contre l’hérédité génétique d’une maladie mentale. Elle se lie d’amitié avec deux de des élèves, qui maintiennent le contact lorsqu’elle est internée. On les suit tous les trois, au fil des années et à travers leurs diverses interactions, dans un petit trou paumé au fin fond de l’Amérique et on ne s’ennuie pas un instant, tant les tonalités et les ruptures de style foisonnent. Une comédie dramatique vraiment très réussie, où l’on rit autant que notre coeur se serre. C’est Cathulu qui m’a donné envie.

« J’ai autant envie de devenir infirmière que de me transformer en brontosaure, et vu mon niveau en chimie, ce sont deux possibilités de carrière aussi réalistes l’une que l’autre. »

« Chère Janice,
Ca n’était vraiment pas nécessaire de demander au Maître de me faire la leçon au sujet du harcèlement. En fait, c’était méchant de ta part. Tu sais, il devait m’écrire une lettre de recommandation pour une bourse d’études. Il va dire quoi, maintenant ? « Cody est un gentil garçon, très doué en sciences, en maths et en rédaction, mais comme tout le monde, il a ses défauts, par exemple, il harcèle les gens » ? 
Ma dernière lettre,
VRAIMENT !
Cody »


« Chère Laura,

J’adore votre édito dans la rubrique *Art de vivre*, et je suis votre blog depuis ses débuts. Voici ma situation : ayant compris que ma vie sexuelle était une source inexploitée de bonheur, j’ai proposé à mon mari d’imaginer des scénarios. Il a rempli des pots de confiture avec des « rôles » sexy et des « situations » torrides. J’étais excitée à l’idée de me lancer là-dedans, jusqu’à ce que je tire du pot « Sauveteur/baleine échouée » et « Enseignant/sac de cacahuètes ».
– Tu ne prends pas ça au sérieux ! j’ai hurlé en lui balançant une poignée de papiers.
– Depuis quand c’est sérieux, le sexe ? qu’il m’a répondu.
– Là, je suis vraiment perdue, Laura. Comment je fais l’amour à un sac de cacahuètes ?

Baleine échouée à Trenton »

Net Galley

« Pleurer, c’est bon pour les enfants et les oignons. »

Karlsson

La pièceJonas Karlsson
Actes Sud, 2016, 189 pages
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne (Rummet 2009)

C’est l’histoire de Björn qui est muté dans un service de l’administration. Hautement persuadé de ses capacités supérieures, il a beaucoup de mal à s’intégrer, d’autant qu’il croit être l’objet d’une sorte de canular : il a découvert une pièce secrète dans laquelle il pense passer beaucoup de temps, quand ses collègues ne voient qu’un homme debout contre un mur perdu dans ses pensées…
J’ai acheté ce roman parce que j’avais beaucoup aimé la précédente traduction parue chez Actes Sud, « La facture » (écrite ultérieurement), et si j’ai bien retrouvé ici le décalage avec la réalité, la subtilité y est hélas beaucoup moins sensible. On ne passe pour autant pas un mauvais moment à lire « La pièce », mais on sait toujours ce qu’il en est et le héros ne parvient jamais à nous être sympathique. Du coup le côté fable onirique peine à s’imposer et on ne voit pas très bien comment ça pourrait nourrir une réflexion sur l’intolérance et le conformisme comme indiqué sur la 4° de couv.

« Et toi tu n’en as rien à secouer. »

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Le Livre des Choses Etranges et NouvellesMichel Faber
L’Olivier, 2015, 622 pages
Traduit de l’anglais par Matthieu Dumont et Arthur Lochmann (The Book of Strange New Things 2014)

« Les mots sont mon métier, c’est vrai.Mais il arrive que je n’en fasse pas un usage très avisé, et ce n’est pas forcément à travers eux que l’on communique le mieux. »

Pour ma cinquième lecture dans le cadre du * * Summer Star Wars, épisode VII * *, j’ai choisi un Planet Opera, et j’ai adoré. Si j’avais déjà lu Michel Faber, c’était dans un genre très différent, même si la religion occupait déjà un thème central (Le Cinquième Evangile, 2009*).

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Dans ce Livre des Choses Etranges et Nouvelles, nous suivons Peter, qui, après de nombreux et très poussés tests, a été choisi pour évangéliser les habitants d’un planète que la Terre essaie de terraformer. Nous sommes dans un futur pas si lointain, tout se barre en sucette sur la Terre et l’organisme qui a succédé à la NASA tente de coloniser la planète Oasis (dont le nom a été l’objet d’un concours), dans une expérience située aux contraires de l’impérialisme. Peter a mené une vie tumultueuse avant de rencontrer Béatrice qui l’a converti. Leur foi est pleine et absolue, leur couple est fusionnel et profondément heureux et c’est confiants qu’ils envisagent leur séparation. Après un voyage en hibernation, Peter prend ses marques sur cette nouvelle planète, très différente de la Terre, et se consacre à ses nouvelles ouailles, qui sont très demandeurs…

C’est de la pure Science-Fiction (il est d’ailleurs intéressant de noter qu’elle est de plus en plus éditée en collection blanche…) et c’est tout simplement excellent.

L’épouse depuis 26 ans de Michel Faber est décédée d’un cancer pendant qu’il écrivait ce roman, et il a déclaré qu’il voulait faire de ce livre la chose la plus triste qu’on ait jamais lu (ou quelque chose comme ça) : c’est réussi. La manière dont se délite le couple de Peter et Béa fait forte impression, d’autant plus que le rythme est lancinant; il ne faut en aucun cas attendre des sensations fortes ou une exploration remuante, la lenteur domine, et le lecteur est convié à prendre part à un véritable cheminement, qui se révèle petit à petit métaphysique. L’atmosphère du roman est une des choses marquantes, sans effets de description ni de recours aux péripéties Michel Faber parvient à nous immerger complètement dans son histoire; il y a quelque chose d’hypnotisant dans tout ça, dans ce personnage de pasteur aux nombreux côtés naïfs et parfois aussi pénibles – le prosélytisme est fatigant, en général et dans ce cas particulier aussi – et surtout dans le thème de la rencontre, qui est longuement exploré (c’est d’ailleurs bien plus de ce côté que penche le roman, plus en tout cas que de celui de l’ethnologie – qui est aussi présent, évidemment). Mais les thèmes sont nombreux, sous ces apparences lénifiantes : qu’est-ce qu’être humain, l’amour, les autres, la foi, la communication, la nourriture, la construction d’une société, etc.

On n’a pas du tout envie de quitter cet univers lorsqu’on arrive (bien trop rapidement) à la dernière page, on aimerait ardemment connaître la suite et pousser encore plus loin les points abordés. J’ai lu quelque part que Michel Faber ne voulait plus écrire, et je le regrette infiniment.

Les avis de : Pr. Platypus, Virginie Neufville, …

*Le cinquième Evangile

C’est l’histoire d’un obscur petit universitaire canadien spécialiste de la langue araméenne qui, alors qu’il est dans un musée irakien, voit les déflagrations d’une bombe éventrer un bas-relief : à l’intérieur, il trouve neuf rouleaux de papyrus. Il s’agit d’un truc énorme, un nouvel Evangile rédigé en araméen, plus ancien que ceux de Matthieu, Marc, Luc et Jean, et établi par un témoin direct. Aussitôt traduit, sa parution va entraîner des réactions fortes, et très différentes les unes des autres. La vie de Theo en sera forcément complètement transformée…
« Ce mec est chiant, pensa Theo. Putain, qu’il est chiant. » Ce roman est vraiment drôle, alerte et souvent féroce. La grande naïveté de notre universitaire est délicieuse, il traduit en un tour de main ces papyrus sans jamais mesurer la portée du texte, il le fait publier en se doutant bien que ça va intéresser les gens mais sans anticiper l’énormité des retombées médiatiques. Il se met à consulter les commentaires sur Amazon, c’est criant de vérité, il subit les ors et les revers du vedettariat, il enchaîne les déplacements et lectures publiques sans se poser plus de questions que ça.
Dans le doute, le pire arrive toujours et il ne se défilera pas ici : néanmoins, c’est encore par un pied-de-nez que tout s’achève.

Ed. de l’Olivier, juin 2009, 197 p.
Traduit de l’anglais par Adèle Carasso
Titre original : The Fire Gospel

Pêle-mêle de livres pour les petits (1)

Depuis que j’ai des petits enfants (quatre bientôt…) j’ai retrouvé un plaisir tout neuf à me plonger dans la littérature jeunesse, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a un choix de dingue : des maisons d’éditions de tous les côtés et des livres qui fourmillent d’intelligence et de d’inventivité. J’en achète plein, plein, plein et mélange les genres et les âges. J’aime bien l’idée de me constituer à la maison une petite bibliothèque hétéroclite et que les petits bouts puissent retrouver les mêmes livres à chacun de leurs passages. Petit pêle-mêle :

De maman en maman – Emilie Vast
Editions MeMo, 2016, 14 pages

DeMamanEnMaman

« Il y a très, très, très, très longtemps, la maman de la maman de la maman de la maman de la maman de la maman donna naissance à la maman de la maman de la maman de la maman de la maman. » ainsi commence ce livre gigogne, qui s’effeuille de génération en génération jusqu’à la naissance du petit lecteur. Illustré de très jolies poupées russes, qui deviennent elles aussi de plus en plus petites – et changent de couleur, ce livre cartonné est très adapté aux mains des plus petits et les répétitions leur apportent un sentiment de sécurité : carton plein. Un livre qui plaira jusqu’à trois-quatre ans et qui permet une exploration de la transmission. Un joli cadeau de naissance pour une nouvelle maman, par exemple. Il existe également son pendant « De papa en papa » (j’ai acheté les deux, d’ailleurs, c’est irrésistible).

Les mains de papa – Emile Jadoul
Ecole des loisirs, collection Pastel, 2012, 2016, 28 pages

Jadoul

Pages cartonnées toujours pour ce hit idéal à offrir à un tout nouveau papa : la vie du bébé y est montrée rythmée par les mains de papa qui se présentent toujours en offrande; prêtes à accompagner bébé depuis la grossesse jusqu’au très grand changement de la marche, elles sont pleines de douceur et accompagnées par les onomatopées qui vont bien (« hop hop », « youuuuuuu » etc.). Un album super sympa qui plaira longtemps.

Les animaux du monde – Sejung Kim (illustrations)
Editions Auzou, 2016, 6 pages
AnimauxduMonde

6 pages pour ce livre tissu qui s’offre dès la naissance. Quelques animaux du monde (donc) y sont présentés situés dans leur continent, le livre lui-même est d’une douceur impeccable et doté d’une poignée, de manière à pouvoir être saisi facilement (ou promené par des mains plus agiles). L’achat en est de plus une bonne action, en soutien à l’UNICEF.

La journée de Robin le pingouin – Sigrid Martinez (illustrations)
Editions Auzou, 2016, 6 pages

Pingouin

Un livre de bain est un indispensable dans la vie de tout bébé qui se respecte, celui-ci, outre son mini-format qui lui permettra d’être saisi facilement dès les premiers mois, est vendu avec une figurine de pingouin toute mimi.

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Un amour de petite soeur – Astrid Dessoudes & Pauline Martin
Albin Michel Jeunesse, 2016, 32 pages

9782226324658-j

Si autour de vous un petit bonhomme est appelé à avoir une petite soeur dans les mois qui viennent, il vous faut absolument ce livre. « Un jour, mes parents m’ont dit que j’allais avoir une petite soeur » ==> à partir de là, chaque double page montre (dès le ventre de maman qui grossit) des situations quotidiennes dans lesquelles être un grand frère se révèle fourmiller d’avantages (y compris les chouettes moments où elle n’est PAS là ! ;o)). Et j’adore la conclusion : «  Car ce que je préfère avec ma petite soeur, c’est être son grand frère ». (Attention, pages en papier)

Les orteils n’ont pas de nom – Jean Leroy et Mathieu Maudet
Ecole des loisirs, collection Loulou & cie, 22 pages

orteils

Je suis fan du travail de Mathieu Maudet depuis le génial : « J’y vais » (qui me fait rire à a chaque lecture – enfin, presque. Disons qu’à la 896°, j’ai beau être bonne pâte, je fatigue un tantinet quand même) (Ecole des loisirs, 2011, collection Loulou & cie,26 pages. Petit oiseau est décidé : il y va ! Décidé, certes, mais pas fier, quand même. Il a besoin de tous les encouragements de ses proches, qui lui offrent tous un petit quelque chose pour l’aider. Aussi, au fil des pages cartonnées, se voit-il doté par exemple d’un parapluie ou encore d’une lampe torche. Et pour aller où, au fait ? Epilogue très marrant :)). J’ai choisi « Les orteils n’ont pas de nom » pour un petit bonhomme de quatre ans, ne doutant pas que l’incroyable densité de ce qui est proposé en si peu de pages l’occupera un bon moment. D’abord, c’est drôle, comme toujours avec Mathieu Maudet. Ensuite, en tournant les pages cartonnées on peut aborder les couleurs, les lettres, les chiffres, les notes de musique et les fruits. Ou pas ! On peut aussi juste s’amuser à le lire avec un grand plaisir.

Les bébés animaux magnétiques – Janik Coat (illustrations) & Marie Fordacq (textes)
Editions Tourbillon, 2015, 11 pages

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Très grand format pour cette sorte d’imagier qui présente la particularité de contenir une pochette avec 45 magnets ( animaux et plantes). Peut-être qu’à partir de 36 mois (âge indiqué) le petit bout s’amusera réellement à les placer à leur juste endroit dans les pages, en dessous les magnets se retrouveront surtout dans à peu près tous les endroits où ils peuvent coller, et je trouve que ça fait partie du plaisir. Je recommande !

Le petit livre qui dit NON ! – Swann Meralli et Carole Crouzet
Editions P’tit Glénat, 2015, 32 pages

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Ah cette période du non… un grand moment pour les parents (et les autres…). La petite chipie de ce livre (pages en papier) dit non à tout, très fort, très colère, tout en obtempérant (à contre temps évidemment, question d’honneur), jusqu’au moment où elle a envie qu’on lui lise une histoire… Les illustrations sont super chouettes et l’histoire mignonne comme tout.


Livre clap – Madalena Matoso
Editions Notari, 2015, 30 pages

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Des situations « sonores » en doubles pages : le BOUM BOUM d’un tambour, le TOC TOC à la porte, etc. et à chaque fois deux points rouges de chaque côté des pages pour refermer bruyamment le livre en faisant le bruit indiqué : le principe est sympa mais j’ai regretté qu’il n’y ait pas un vrai dispositif sonore. le format est un tout petit peu trop grand pour des mains de 10 mois et beaucoup trop fragile !
J’avais acheté cet album trop tôt pour l’âge de mon petit-fils, et au départ j’étais déçue. J’avais naïvement cru que les pages produisaient un son lorsqu’on les claquait l’une contre l’autre, et le fait qu’elles soient en papier sur un grand format comme ça me faisait craindre de les voir très rapidement abîmées. Et en fait, pas du tout. Le petit bonhomme a très vite (à partir de 18 mois) accroché aux onomatopées et aux situations, et le fait de les voir numérotées rythme pas mal la lecture également. Sa page préférée est celle où un monsieur fait du sport, il faut le voir mimer le truc allongé sur le sol bras et jambes levées en faisant « FFFFfff », irrésistible:)

Un enfant parfait – Michaël Escoffier (histoire) et Matthieu Maudet (illustrations)
Ecole des loisirs, 2016, 36 pages

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Bienvenue dans un monde où on achète les enfants au supermarché ! Tant qu’à faire, prenons le parfait, tiens. Au départ, on s’extasie sur la perfection de tout ce qu’il est et fait. Mais à enfant parfait, il vaudrait mieux associer des parents parfaits, sinon… Une histoire marrante et intéressante pour ce livre qui s’adresse plutôt à un public sachant bien manipuler (pages en papier et pas mal de texte). En réalité, c’est un livre pour les parents, d’ailleurs😉

Ma photo – Dorothée de Monfreid
Ecole des loisirs, collection Loulou & cie, 2016, 26 pages

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C’est l’histoire de Jane, Pedro, Omar, Zaza, Popov, kaki, Micha, Nono et Alex qui sont tous… des petits chiens. Jane a un tout nouvel appareil photo, et les copains sont enthousiastes : oui, oui, une photo de tout le monde ! Mais c’est plus facile à dire qu’à faire… J’adore cet album aux belles pages bleues et cartonnées où, outre l’histoire racontée, il y a mille détails à observer. Drôle et super sympa !

La journée de Nip & Nimp – Lionel Serre
Editions Les Fourmis rouges, 2016, 48 pages

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« Nip & Nimp sont voisins et se ressemblent beaucoup. Du lever au coucher du soleil, il font presque tout pareil. Sauf que Nip fait tout bien et Nimp n’importe quoi. » ==> on est prévenus dès la 4° de couv qui ajoute : « Mais tu les aimeras de la même façon » et c’est absolument vrai. Les pages papier s’adressent à un public de plus de trois ans mais les plus jeunes seront forcément sensibles à la douce poésie de l’absurde qui rythme cet album réjouissant. Quand Nip prend son petit-déjeuner, Nimp prend sa douche. A table. Dans la figure. SI Nip aime les frites, Nimp aime les chats. Avec fourchette et ketchup. Etc. Un indispensable !


La promenade – Eve Herrmann et Roberta Rocchi (illustrations)
Editions Nathan, 2015, 32 pages

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Aimant beaucoup les histoires de Balthazar dans la pédagogie Montessori, j’ai tenté ce volume de la collection « Mes petites histoires » (des histoires simples et poétiques inspirées de la vie réelle) et je n’accroche pas trop. Evidemment, c’est didactique et étudié pour intéresser les petits, mais j’ai trouvé l’histoire ultra basique et classique et les illustrations fades. ça ne correspond pas à mes goûts mais ça ne veut pas dire que mes petits-enfants n’aimeront pas (et puis de toute façon mon credo est de leur proposer plein de choses différentes, donc l’album a intégré la bibliothèque familiale).


Une souris verte – Denis Cauquetoux
Editions Milan, 2009, 12 pages

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« La première collection à lire du bout des doigts » pour ces contes et comptines à toucher, qui rencontrent l’adhésion immédiate des petits bouts. J’ai offert « Si le loup y était » à Arthur vers 18 mois et il ne l’a pas lâché pendant des jours – aussi ai-je testé un autre volume de la collection, et cette fois c’est son cousin de quatre ans qui l’a promené partout. La souris verte est à chantonner tout en promenant celle qui pend au bout d’une ficelle de page en page, tout en caressant les différentes matières présentes sur les illustrations, sans oublier les languettes à tirer ou pousser : bref, occupation pleine et ludique pendant la lecture, totale efficacité.


Je joue – Amélie Graux (illustrations)
Editions Milan, 2012, 12 pages

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Un petit imagier avec les objets qui entourent bébé au quotidien et avec lesquels il peut jouer (parc, peluche, poupée etc.) et un dispositif qui permet une interaction avec chacun d’entre eux sur les pages cartonnées et épaisses (par exemple, un petit filet pour illustrer le parc, aux mailles très serrées) : manipulable facilement et amusant !


Au zoo – Isabelle Assémat (illustrations) Françoise de Guibert (textes)
2010, 37 pages

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Destinées aux 3-6 ans, ces petites encyclopédies sont ultra bien fichues et se lisent presque comme une histoire; ainsi, lorsqu’on parle des lions par exemple, on explique qu’il s’agit de félins (comme les chats), que le mâle a une belle crinière qui pousse vers l’âge de 2 ans ainsi qu’un pelage fauve, que la lionne est plus petite et ne possède pas de crinière, qu’un lion ça rugit très fort pour montrer son pouvoir, que ses crocs sont redoutables et qu’en tant que carnivore il mange plus de dix kilos de viande chaque jour, et qu’enfin dans la savane ce sont les lionnes qui chassent, le lion passant beaucoup de temps à se reposer (et le lion nous adresse ici un clin d’oeil ;o)) Les illustrations sont joyeuses et colorées, je recommande.

Je veux des pâtes – Stephanie Blake
Ecole des loisirs, collection Lutin Poche, 2009, 27 pages

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Il était une fois un petit lapin qui ne voulait manger qu’une seule chose… Des pâtes ! A tous les repas, à tout ce qu’on lui propose, il scande sa réclamation. Mais papa et maman ont plus d’un tour dans leur sac… Chute hilarante (comme souvent avec Stephanie Blake), dessin coquin, histoire qui correspond à la réalité de nos petits bouts de chou, bref, carton plein pour ce tout petit album réédité au format poche (pages plastifiées).


Arthur fait des trouvailles – Anna-Clara et Thomas Tidholm
Albin Michel Jeunesse, 1997, 28 pages

Thidholm

J’ai acheté ce petit livre en raison du prénom de son héros, mais ça a drôlement vieilli, disons que ça doit sans doute correspondre à l’air du temps de la fin des années 90 en ce qui concerne les livres jeunesses : le dessin est très petit et centré en milieu de pages, qui sont d’ailleurs en papier alors que l’histoire me semble être destinée aux deux ans. Néanmoins, un petit garçon qui part chaque matin à la chasse aux trésors et emmagasine des tonnes de bouts de ficelle et autres morceaux de bois, ça reste intemporel. (C’est une série à l’origine, si j’en trouve d’autres je les prendrai.)


Ma maison animée – Rebecca Finn (illustrations)
Nathan Jeunesse, 2015, 8 pages

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8 grosses pages cartonnées où les animations se tournent, se tirent ou se poussent, avec des petits personnages dissimulées dans les dessins annexes et qui invitent à un action plus cérébrale. C’est un livre qui plaît beaucoup aux petits qui semblent apprécier de le manipuler longuement.


Sur une branche – Christophe Boncens
Editions Langue au chat, 2016, 10 pages

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« Sur une branche« , un oiseau. Que fait-il ? Avec une économie de dessins (qui permet à l’enfant de bien appréhender ce qui se passe), ce petit album raconte le cycle de la vie. Doté de nombreuses animations (à tirer, à soulever, à pousser), l’enfant ne se lasse pas des couleurs franches et pimpantes qui lui donnent immanquablement envie de reprendre le livre. le format moyen et la solidité des pages cartonnées permet en outre de nombreuses manipulations, adopté et validé par un petit bonhomme de seize mois.
Reçu dans le cadre de l’opération Masse Critique Jeunesse de Babelio.
(Ca, c’était en mars dernier, depuis il y a eu casse : pas si solides, les petites animations…)


Il y a des jours… – Géraldine Elschner, Claire Teyras et Mies van Hout
Minedition, 2016, 18 pages cartonnées

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Ce livre-ci, je l’adore ! Il est vraiment superbe avec des couleurs géniales, un dessin particulier que je trouve ultra sympathique, et une grande finesse dans le contraste mots/dessins. Une vraie entrée dans l’univers des jeux de mots et la base d’une réflexion sur le sens, c’est magnifique et spirituel.


Ca va pas la tête – Elisa Géhin et Bernard Duisit
Hélium, Actes Sud, 2014, 14 pages

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Ce livre est un pop-up, c’est-à-dire qu’il est destiné à être manipulé (on tire, on pousse ou on tourne) pour produire une image différente. La nouveauté c’est qu’il est entièrement en papier ! Bernard Duisit en signe l’ingénierie papier et Elisa Géhin le texte et les illustrations, et c’est coquin en diable, en plus d’être vraiment solide. Marrant comme tout.


Clic – Claudine Morel
Didier Jeunesse, 2016, 32 pages

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Joli format pour cet album qui raconte une séance photo pas du tout comme les autres. Sur chaque double page un rabat à soulever présente des situations amusantes et surprenantes (beaucoup d’inventivité) (surtout dans les illustrations d’ailleurs) (qui sont très chics en plus), un livre qu’on a envie de lire et relire. pas avant 4 ans au moins, mais jusqu’à 7-8 ans sans problème, tant l’ensemble est riche et intéressant.


Mon imagier du corps – Kididoc
Nathan jeunesse, 10 pages

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Destiné aux 1-3 ans, cet imagier dont chaque double page présente une double situation selon que l’on actionne une petite roulette encastrée dans les pages (épaisses et cartonnées, aucun risque d’une quelconque détérioration) ne lasse pas le petit roi de la maisonnée, au contraire, chacune de ses évolutions marque une compréhension supplémentaire. Il a d’abord regardé, puis actionné, avant de mimer et de reproduire « en vrai » les situations. Définitivement validé !


Anna joue à la barbichette – Laurence Gillot et Monique Gorde
Père Castor Flammarion, 1997, 16 pages plastifiées

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Je ne sais pas si la série des Anna existe encore, ce livre est un rescapé et m’intéressait en raison du jeu de la barbichette : ça reste un classique, ça permet des variations à l’infini et demeure un très efficace moyen d’éclaircir les humeurs sombres. Ici Anna va se laisser emporter (classique, ça aussi) et papa va gronder – j’aime bien qu’un livre montre que dans la vie, parfois, les parents ne sont pas drôles. Comme tout le monde, quoi😉

Caresse le chat – Marie-Hélène Place et Caroline Fontaine-Riquier
Hatier Jeunesse, 2014, 10 pages

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« Bébé Balthazar est une collection de premiers livres issus de la pédagogie de Maria Montessori. Dès son plus jeune âge, vous pouvez lire ce livre à votre bébé. Le tout-petit va entendre la poésie des mots, observer votre bouche qui raconte puis, captivé, il va toucher les images, les mots écrits, et progressivement voudra tenir et sentir le poids du livre, apprendre à tourner les pages… A partir de 6 mois, les pages tactiles lui procureront de grands moments; vers 18 mois, le quotidien de Balthazar aura une résonance avec sa vie; de 2 à 5 ans, il sera intéressé par le déroulement de l’histoire. » ==> Tout est dit. Je ne sais plus par quel volume de la collection j’étais entrée dans l’univers de bébé Balthazar, mais peu importe parce que je les ai tous offerts pour Noël au petit roi de la maison. Je les trouve absolument parfaits, à tous points de vue, et suis toujours surprise lorsque j’en offre de constater que beaucoup de nouvelles mamans (et par là j’entends, des « jeunes » ) ne connaissent pas du tout. A offrir à tour de bras !


Grosse colère – Mireille d’Allancé
Ecole des loisirs, collection Petite Bibliothèque, 2000, 24 pages plastifiées

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Le format tout mini de ce livre permet de le glisser dans le sac lorsqu’on part se déplace, et c’est toujours pratique de l’avoir à portée de main : c’est bien réconfortant pour un petit bout de chou de lire l’histoire d’une grosse colère, de savoir qu’on n’est pas tout seul à parfois se sentir dépassé par ses frustrations au point d’être incapable de se maîtriser – et que ce n’est pas grave ! Il n’est jamais trop tard pour un peu de dessert demandé en souriant😉


Salomé la pressée – Odile Bailloeul/Claire Curt
La Joie de lire, 2016, 14 pages cartonnées

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« Je m’appelle Salomé et je suis une petite souris très agitée… » Quelques phrase seulement croquent les situations dans lesquelles s’éparpille Salomé; elle est toujours pressée, impatiente, agitée, SAUF, sauf… Il y a UNE situation dans laquelle Salomé prend touuuuut son temps😉 Un petit livre adorable qui est en fait constitué de photos (et non pas de dessins) dans lesquelles évoluent des poupées de chiffon. Très original !


La maison à déplier – Lucie Brunellière
Albin Michel Jeunesse, 2013, 8 pages cartonnées et doublées chacune d’un rabat

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« De petits objets à chercher, des détails à observer dans ce livre malin qui se déplie à 360° et se transforme en charmante maison 3D. A toi de jouer et d’imaginer mille et une histoires ! » ==> Voici un parfait livre de sac, format mini pour pouvoir l’emporter partout et occuper bout de chou en situation d’attente. Destiné aux 2-5 ans, il est suffisamment solide pour supporter des manipulations dans tous les sens et présente en même temps les détails rassurants du quotidien. J’aime beaucoup !


Le livre des bruits – Soledad Bravi
Ecole des loisirs, collection Loulou & cie, 2004, 118 pages

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C’est simple, on n’a jamais fait mieux, depuis 2004. Ce livre des bruits est à posséder im-pé-ra-ti-ve-ent et pi-c’est-tout. Format, poids, couleurs, dessins, texte, tout est bon, tout fera mouche. Parce que si l’âne fait hi-han et le chien ouah-ouah, la prise électrique, elle, fait : NON ! et l’escargot ne fait rien, mais, il bouge élégamment ses antennes et le lapin fait tntntnstn et… bien difficile de s’arrêter, à tout âge:)

« Sinon, je t’ai déjà dit que j’avais une maladie incurable ? »

« Ben moi, je vais me faire percer le nombril. Vous connaissez un bon endroit ?
– Oui, comment c’est déjà… Ah oui : 1997.« 

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L’attente infinie Julia Wertz
Editions l’Agrume, 2015, 233 pages
Traduit de l’américain par Aude Pasquier (The Inifinite Wait and Other Stories)

En trois parties distinctes, Julia Wertz raconte, dans ce roman graphique, sa vie-son oeuvre. Née en 1982, elle a toujours montré une personnalité marquée (et assez anti-conformiste), a subi divers aléas dont notamment un diagnostic de lupus à la vingtaine (mais pas que…). Résolument empli d’auto-dérision (et souvent très drôle), son récit est étrangement addictif et très new-yorkais (elle vit à Brooklyn, après être née dans la région de San Francisco). Son dessin en noir et blanc est très agréable, dépouillé et plein de courbes (le mot qui me vient pour le caractérisé est : arrondi, mais je ne sais pas si c’est bien parlant). J’ai eu peur en lisant sa préface car elle est très maladroite; heureusement, le reste n’a rien à voir – elle a un très bon sens des dialogues – et je recommande cette BD !

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« Bonjour mon vieil ami. »

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TERMINUS 1 #1 L’homme à la valise 

Dessinateur @ coloriste : Jean-Michel PONZIO
Scénariste : Serge LE TENDRE

Éditions ANKAMA, 2016, 48 pages

« Je tiens à remercier Stephen King, Edmond Rostand et Steven Spielberg, sans qui je serais, à l’heure actuelle, un aide-comptable retraité, marié et divorcé deux fois, jouant au tiercé quotidiennement et ne ratant bien sûr aucun Astérix. » déclare Serge et il n’en fallait pas plus pour avoir envie de lire cette BD. Enfin, si, ça et le * * Summer Star Wars, épisode VII * *, pour lequel c’est ici ma quatrième lecture.

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BD en deux tomes adaptée du roman de Stefan Wul, «Terminus 1 » raconte l’histoire de Julius embauché – par un concours de circonstances – par Marje pour aller récupérer un métal rare sur la planète Walden. Depuis qu’il a été piqué par un essaim d’insectes télépathes, il perçoit les pensées des autres mais ce « don » ne fonctionne pas toujours et il ne le maîtrise pas vraiment. Sur le cargo qui l’emmène sur Walden, il rencontre une mystérieuse jeune femme dont la pureté lui fait immédiatement forte impression… Ce premier tome s’arrête bien trop tôt pour qu’on ait une réelle idée de ce qui va suivre mais l’intrigue est bien menée et nous présente le monde dans lequel on va évoluer de manière précise et séduisante. Ce qui saute aux yeux c’est le dessin, dont la lumière, la précision et le charme intense donne une impression de photographie : on ne se lasse pas de détailler encore et encore chaque planche et pour ma part c’est vraiment la toute première fois que je vois quelque chose de cette qualité. Ca me plaît beaucoup !

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« Elle avait bien un air d’éditrice. »

« Elle avait bien un air d’éditrice. En d’autres termes, elle avait l’air intelligente, résolue et sophistiquée, et ses lunettes étaient vraiment cool. »

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Ceci n’est pas une histoire d’amourMark Haskell Smith
Editions Rivages 2016, 316 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Guérif (Raw 2014)

Ce roman m’est arrivé entre les mains par une pure histoire de blogueuses (les meilleures ? :)) : c’est parce que Cathulu en avait fait une chronique irrésistible que je me suis écriée : « Il me le faut ! », et c’est parce que Marie a lu tout ça qu’elle est arrivée lors de notre rencontre (après dix ans à se suivre sur le net !) les mains chargées : merci Marie !

J’avais déjà lu Mark Haskell Smith en 2010*, aussi savais-je à peu près dans quoi je mettais les yeux, et je n’ai pas été déçue. Là aussi, ça va vite (excellent sens du rythme), c’est épicé (parfaite capacité d’évocation), c’est drôle (un humour très élégant en plus, caustique mais jamais méchant), c’est tout simplement excellent.

Mark Haskell Smith est de la famille de Laurent Chalumeau en ce qu’il tricote des intrigues tissées d’absurde sur un fond parfaitement solide et documenté.

Dans ce roman trois personnages principaux décryptent la société américaine; il y a Sepp, star de la téléréalité beau comme un dieu mais débile – profondément stupide (et on verra que la bêtise est dangereuse, même sans une once de méchanceté – concept qu’il ne comprendrait pas, de toute façon); il y a Curtis, qui a écrit le roman signé par Sepp,

« Harriet l’aperçut du coin de l’oeil. C’était son genre de mec. Non pas à cause de ses belles chaussures en cuir, de son pantalon Dickies, du T. shirt rouge qu’il portait sous son blazer bleu marine ou des lunettes tendance qui glissaient de son nez curieusement difforme; c’était le livre qu’il lisait. Our Ecstatic Days de Steve Ericsson. »

déchiré de devoir mettre ses indéniables (et ultra talentueuses) qualités littéraires au service d’une telle cause mais incapable de se faire éditer pour lui-même; et enfin il y a Harriet, blogueuse littéraire pointue et élitiste

« Certains aspects des relations sexuelles lui manquaient, mais Harriet se sentait heureuse. Elle avait à sa portée tous les amants et toutes les aventures sexuelles dans les pages d’un bon livre. Une oeuvre d’art pouvait l’électriser, la transporter, la changer. Elle aimait les livres plus qu’elle n’aimait les gens. Il n’y avait aucun mal à cela. N’étais-ce pas mieux que de vanter ses mômes ou de vivre l’existence d’un mari par procuration ? »

qui n’en reviendra pas de se retrouver au beau milieu de cette aventure échevelée. Car ça déménage ! C’est chaud-bouillant et tout le monde en prend pour son grade…
Un roman qu’on ne lâche pas une fois commencé !

« Mark Haskell Smith écrit bien, surtout sur le sexe et la nourriture, et ses intrigues à tiroirs vont si vite qu’elles sont sacrément rafraîchissantes. » Los Angeles Time. ==> C’est exactement ça.

*Salty  Ed. Rivages/thriller, 2010, 286 p. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Guérif:

Turk est en vacances avec sa femme Sheila en Thaïlande. Il était le bassiste de Metal Assassins, un groupe de rock archi connu qui met le feu à la planète entière. Était, parce que le groupe s’est séparé. Turk ne sait pas ce qu’il va faire maintenant, financièrement il est hypra riche mais il aime sincèrement et profondément la musique, il ne pourra pas rester sans jouer. Dans l’immédiat, ce qui occupe toutes ses pensées c’est sa « rédemption », il a craqué sur toutes ces conneries à la mode aux States et a subi une thérapie visant à le guérir de son « addiction au sexe ». Depuis qu’il a épousé Sheila, ancien mannequin à la beauté toujours stupéfiante, il lui est fidèle, au prix d’incessants efforts; il a beau être moche et gras du bide, sur une rock star planétaire les filles se jettent de tous côtés.
Sheila se fait kidnapper. Turk est empêché de fournir la rançon demandée par un agent de la ICE totalement frappé qui se prend pour la main de doubeulyou-contre-le-terrorisme, avant de craquer pour le million de dollars qu’il tient entre les mains (mains, par ailleurs, perpétuellement aseptisées, notre Ben étant un maniaque des bactéries).
Voilà donc tout notre petit monde, plus quelques américains venus prêter main forte, dans une Thaïlande aux multiples visages, en prise avec des problèmes existentiels…
Le moins qu’on puisse dire c’est que c’est décapant. Drôle, alerte, super bien construit et maintenu, ça éclate en saveurs diverses et on ne lâche pas une page. Thriller aux apparences caricaturales, Salty offre des personnages sincères et crédibles auxquels on s’attache, pris dans une action qui ne part pas dans tous les sens. On dirait du n’importe quoi, mais c’est du solide bien mené et caustique.
Par contre, c’est cru et carrément explicite au niveau du sexe, attention aux yeux chastes ou trop jeunes.

« Pour être franche, je ne sais pas pourquoi je réponds à ton annonce. »

marsden

Lettres de l’intérieurJohn Marsden
Ecole des loisirs, Médium poche, 2016 (1ère édition 1998)
Traduit de l’anglais (Australie) par Valérie Dayre (Letters from the Inside 1991)

« Pour être franche, je ne sais pas pourquoi je réponds à ton annonce » ainsi débute la correspondance entre Mandy et Tracey. Nous sommes en Australie dans les années 90, à une époque difficilement appréhendable pour les ados d’aujourd’hui : pas d’Internet ou de téléphone portable, les gens s’écrivaient encore de vraies lettres, distribuées par un facteur. Les deux jeunes filles ont une quinzaine d’années et au départ, semblent avoir le même genre de vies, adolescentes choyées sans autres problèmes que les tracasseries inhérentes à leur âge. Au fil des lettres pourtant Mandy détecte quelques incohérences, puis s’interroge franchement : qui est Tracey ?…
Un roman qui va crescendo et se termine assez magistralement (laissant son lecteur imaginer sa propre version). Tout m’a semblé fort juste et le twist central est assez étonnant sans être non plus extrêmement original. Mais la progression de l’intimité entre les deux est bien menée, les parts d’ombre mutuelles sont exprimées de manière sensible et on y croit – au point de réellement s’inquiéter lors de l’épilogue.

« Parfois je ne sais pas pourquoi j’agis comme je le fais. »

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Nous sommes le 7 juillet 2016 et j’ai terminé ma troisième lecture pour le * * Summer Star Wars, épisode VII * *.

Leckie

La justice de l’ancillaire (Les chroniques du Radch 1) – Ann Leckie
J’ai lu, collection Nouveaux millénaires, 2015, 441 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel (Ancillary Justice Imperial Rach 1, 2013)

Rien moins que sept prix littéraires pour ce premier roman d’Ann Leckie qui débute ce qui est annoncé comme une trilogie (le deuxième tome a paru récemment) et si on s’attend à du lourd on est forcément déçu : c’est bien, mais ce n’est pas génial non plus.
L’entrée en matière est très réussie, on fait la connaissance de quelqu’un alors que sans même savoir pourquoi, elle sauve la vie d’un officier sous les ordres duquel elle a travaillé. Il y a mille ans.
En intercalant leur présent (les rapports qui se créent entre les deux et ce qu’elles vont faire) et ce qui les a amenées à se rencontrer à nouveau mille ans plus tard (ce qui s’est passé à l’époque), l’autrice parvient à nous attacher de plus en plus à son intrigue et nourrit avec habileté notre curiosité pour ce très étrange futur, aux moeurs et rites très codifiés.
Le parti pris de la traduction est intéressant : dans ce futur les « citoyens » ne sont pas clairement homme ou femme, ou plutôt ils ne l’affichent pas ostensiblement (les signes conçus pour distinguer les genres changent d’un lieu à l’autre, parfois de façon radicale); le féminin l’emporte par principe, tout est « elle », mais le mot qui suit reste masculin (une citoyen, la capitaine, quelqu’une, etc.). C’est extrêmement troublant à lire, dans le sens où malgré soi le cerveau bloque et achoppe sur presque tout, sans jamais s’habituer (le mien en tout cas).
L’idée initiale est très prometteuse, l’héroïne est une intelligence artificielle qui a échappé à un massacre dans un seul et unique corps et cherche vengeance – sans savoir dans quelle mesure elle a un libre arbitre.
Et tout ça se déroule de planète en station orbitale, avec une grande importance donnée aux vaisseaux (et pour cause).
Sur la papier tout est réuni pour donner effectivement un roman formidable mais l’osmose ne se produit pas, car de manipulations en explications qui ne font que complexifier ce qu’un esprit humain à déjà du mal à concevoir, on a plus d’une fois l’impression de patauger. Le vrai problème étant que ça se passe à des moments ultra basiques, pour des scènes d’action qui en plus n’ont rien de spectaculaire.
Et en même temps c’est très moderne – pour avoir tenté de la SF des années 70, j’ai vu une vraie différence.

« Donc c’est non. »

Michaux

Donc c’est nonHenri Michaux
Lettres réunies, présentées et annotées par Jean-Luc Outers
Gallimard, 2016, 186 pages

« Mes poèmes (…) sont déjà parlés. Une voix les dit fortement. Qui ne l’entend pas ne l’entendra jamais quel que soit le moyen employé. »

Ne pas connaître l’oeuvre d’Henri Michaux n’est en aucune façon un frein à la lecture de ces lettres (qui donnent férocement envie de poursuivre la découverte). L’idée, en elle-même, est séduisante : réunir, présenter, contextualiser quatre-vingt onze lettres qui toutes disent non. Non aux honneurs, non à l’exposition médiatique, non aux adaptations (ciné, théâtre, chanson), non aux lectures à voix haute (radio ou en public), non aux interviews, non aux rééditions, non à la Pléiade (!!) (de son vivant), non laissez-le, vous dit-il encore et encore. Mais la manière ! Mais ce qui nous agite tout au long de cette lecture, ce qu’on tente de comprendre des raisons profondes de ces refus entêtés et constants, la personnalité qu’on dessine dans notre imagination de lecteur, cette distance qui nous fait regarder la vie littéraire contemporaine avec chagrin… A lire !

« 4 avril 1934
Cher ami,
Si un inconnu m’avait envoyé une lettre à propos de cette anthologie de poètes belges j’aurais été fort à l’aise pour répondre. J’aurais refusé catégoriquement.
Mais c’est toi. Donc je suis un peu embarrassé. Mais il s’agit de moi. Donc je ne le suis pas. JE N’AI AUCUNEMENT L’INTENTION d’ACCEPTER. »

« Le 5 juin 1943,
Je pensais aller à Paris ces jours-ci et donner réponse à la demande qui m’a été faite de participer à votre anthologie des poètes.
Le voyage n’a pas eu lieu, mais la réponse, la voici : je ne fais pas de poèmes au vrai sens du mot et ne dois pas être tenu pour un poète d’anthologie. Il y a là un quiproquo entretenu par quelques fous.
Mais je suis décidé à le faire cesser et vous prie de ne pas me faire figurer dans votre anthologie. La chose vous est, je suppose, indifférente et je m’excuse de lui donner malgré moi de l’importance.
Agréez, je vous prie, Monsieur, mes salutations distinguées. » ==> « La chose vous est, je suppose, indifférente et je m’excuse de lui donner malgré moi de l’importance. » Que c’est beau !

« 8 juin 1951
Cher ami,
J’ai cru comprendre à votre regard en coin que vous aussi, vous vous étonniez de mon silence et de mon laisser-dire devant les prix littéraires où mon nom est mêlé.
Ceux-ci augmentant en nombre et en tapage, grâce à la vedettomanie (quoiqu’il n’y en ait pas encore plus de deux ou trois par jour), peut-être avez-vous raison et faut-il y aller de ma déclaration ? La voici :
J’excuserais une assemblée anonyme qui, siégeant secrètement dans une cave obscure, m’adresserait – expéditeur inconnu – une somme importante en signe d’enthousiasme.
Un mot d’éloge pourrait être joint, court mais largement ouvert à l’imagination songeuse.
Et qu’importe d’ailleurs ? Aux juges occultes, on prête beau visage.
Je serai Intraitable, cela va sans dire, avec les jurys qui ne seraient pas strictement conformes au modèle ci-dessus indiqué, auquel je déclare me tenir faute de mieux. » ==>:)

« Recommandé
Paris, le 14 février 1977
Cher Monsieur,
(…) Je vous prie de renoncer à votre projet.
Il est clair que même atténuée votre formule va à l’encontre de mes désirs. Je répugne – en ce qui me concerne – à l’étalage.
Si après tant de dizaines d’années j’ai pu rester plus ou moins caché c’est grâce à une vigilance et un nombre de refus que vous n’imaginez pas, à toutes sortes de propositions.
Réfléchissez vous-même. Comme je ne veux pas de photos, pas de documents personnels, pas d’autographe, pas de tripotage de ma vie, etc., votre formule ne s’applique pas.
(…)
Vous qui ne suivez que vos idées, comprenez celui qui vous dit : je n’ai pas envie. J’ai envie qu’on (n’en) parle plus, sauf vous pour me donner votre accord là-dessus.
D’avance je vous remercie. Vôtre
Henri Michaux »

==> «  je n’ai pas envie » : imparable. Si sincère, si peu osé.

« Louise, comment tu peux vivre sans nettoyer tes brosses à cheveux ? »

Murail

Sauveur & Fils (saison 1) – Marie-Aude Murail
Ecole des loisirs, 2016, 329 pages

« Par déformation professionnelle, Sauveur ne croyait pas aux coïncidences. »

C’est en novembre seulement que paraîtra la saison 2 de « Sauveur & Fils » et ça va ne va pas du tout : quand c’est bon, on veut la suite immédiatement, m’enfin ! « Sauveur & Fils », c’est ce genre de roman qui repousse les limites d’un genre (Jeunesse)* pour accueillir tous ses lecteurs et les faire se sentir chez eux. Partager le quotidien d’un psychologue est une mine pour explorer la notion même de contemporanéité et le ton est parfait : la plume se fait toute légère pour raconter les pires et c’est chaleureux en diable. Empli d’humour, de situations très justes, de personnages que l’on jurerait connaître, on voudrait ne jamais en sortir. Je recommande chaudement !

« Mais il était lâche et il utilisait l’arme des lâches. La haine. »

* D’ailleurs voici ce que l’autrice déclare : « A quelle tranche d’âge s’adresse ce livre ?
Au Salon du livre cette année, je n’ai vu que des adultes ! Mais ce sont ceux qui ont grandi avec les livres de l’école des loisirs et qui assument complètement de me lire encore. Et cela peut être intéressant pour eux d’ailleurs de voir ce qu’est la jeunesse d’aujourd’hui.
Dans mon livre, il y a aussi des personnages de parents, qui sont faillibles, attachants ou perturbateurs et j’ai envie de montrer ça aux enfants. Dans la deuxième saison je vais montrer par exemple une femme hyper possessive qui conduit son fils à la violence. Mais pour répondre à votre question, le texte est très accessible, il peut être lu à partir de douze-treize ans.« 

Oh et ceci ! : « Comment arrivez-vous à jongler avec tous ces nombreux personnages ?
J’arrive à m’y retrouver parce que j’ai lu Dickens. Dickens fait parfois parler plus de cent cinquante personnages, et on s’y retrouve forcément car il force le trait pour chacun. Il les type énormément, parfois jusqu’à la caricature : un phrasé, une attitude, un tic de langage, ce qui fait que l’on sait toujours qui parle. Les personnages sont toujours recadrés dans leurs dialogues et j’avais déjà expérimenté ça dans Vive la République ! (Pocket). Je savais que ça fonctionnait. »

Mais tout est à lire chez Nathalie Riché.

 

« Le monde coule à travers moi comme si j’étais fêlé, fendu, percé. »

« Il faut reconnaître que, une fois qu’on s’y est mis, la routine offre certains avantages. »

Mise en page 1

Les fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigésJonathan Evison
Editions Monsieur Toussaint Louverture, 2016, 351 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek (The Revised Fundamentals of Caregiving 2012)

 

« Peut-être que c’est ce qui se passe avec les fous : ils deviennent trop sincères. »

Ben a vécu un drame, dont il est resté hébété. Quelques années ont passé, qu’il n’a pas vécues. Refusant toujours de signer les papiers du divorce, il n’a plus un sou et suit une formation d’aide à la personne. Il est alors embauché pour aider, à temps plein, Trev, un adolescent lourdement handicapé. Pathos ? En fait non. Le ton du roman nous saisit dès les premières pages et on sait tout de suite que ça va être bon : ça l’est. La construction, d’abord, qui ne nous donne qu’au compte-goutte les explications sur le drame de Ben. Sa manière d’être défait, ensuite, dont la justesse est totale et la proximité évidente. Et puis la douce fantaisie qui vient soutenir tout ça, les personnages très attachants qui gravitent autour de nos deux héros et les péripéties qui, sans être trop marquées, sont très agréables à suivre. Le tout donne un roman chaleureux et réaliste.

« Bouchonné, j’vous dit ! »

Quino

Manger quelle aventure !Quino
Glénat 2016, 101 pages
Traduit de l’espagnol par Laura Ciezar

Quand le papa de Mafalda n’est pas occupé à lui dessiner de belles aventures, il illustre la presse internationale et son regard est acéré et caustique. Glénat réunit ici des planches consacrées à la nourriture, et évidemment c’est un régal (facile, mais néanmoins tout à fait vrai). Il croque des situations au restaurant (certaines réelles et d’autres complètement loufoques), des scènes de rue, de marché, d’intimité, les régimes, les relations aux serveurs, tout y est et on voudrait que ça ne s’arrête jamais. Tendre et lucide, la recette est parfaite.

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